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23/10/2016

Retour à Remagen

Joseph Hautot - Retour à Remagen

A l'occasion de son anniversaire, la famille de Joseph lui a proposé un voyage. Joseph a souhaité revenir à Remagen où il combattit les troupes allemandes en 1945. La ville est surtout connue car s'y trouvait le dernier pont intact traversant le Rhin, le pont Ludendorff, souvent appelé pont de Remagen, lors de la phase finale sur le front de l'Ouest lors de la seconde guerre mondiale. Les Allemands échouèrent à le détruire et les Alliés le prirent le 7 mars 1945, changeant la stratégie alliée dans ces dernières semaines du conflit et accélérant l'invasion de l'Allemagne. (source:https://fr.wikipedia.org/wiki/Remagen) Dans les articles précédents qu'il faut absolument consulter pour comprendre ce voyage, Joseph raconte longuement ces violents combats auxquels il a pris part. Voici donc les photographies du pèlerinage qu'il a effectué avec les membres de sa famille sur la rive occidentale du Rhin, au sud de la ville de Bonn. Je reproduis les images et les légendes de Joseph.

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Les deux tours rive gauche transformées en musée (quatre étages) - pont ferroviaire / Les deux tours rive droite avec entrée du tunnel aujourd'hui muré.

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Explication de la bataille rive gauche / Dîner le soir en famille à notre hôtel

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Anniversaire : échange de cadeaux Dominique - Colette / Badge 16e bataillon

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Recueillement avec Colette et Dominique

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Souper hôtel / A vélo : Claudine, Francis, Michèle, Dominique, Colette

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Le Rhin / Colette, Claudine et Michèle

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Vues sur le Rhin

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Vue sur le Rhin / Coblence

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Coblence / "Elle ne parle pas"

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Croisière

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Coblence / Retour par la Moselle avec Michèle et Colette

14/09/2016

Joseph HAUTOT

J O S E P H   H A U T O T

a jo 2.jpgVoici, pour inaugurer le récit, l’interview intégrale de Joseph Hautot parue dans le journal paroissial « le Grain Nouveau » N°4 de octobre 2014, doyenné de Ciney

Rencontre avec Joseph Hautot, né en 1921

Résistant armé et engagé volontaire, pendant la seconde guerre mondiale : toujours présent lors des manifestations patriotiques, avec son calot du 16ebataillon et son brassard de l’AS.
En cette année de commémoration du premier conflit mondial, il nous est apparu important de donner la parole à quelqu’un qui a vécu « de l’intérieur » des temps troublés et dramatiques…

Quels souvenirs gardez-vous de cette période ?

J’étais en pension à Dinant. Le 10 mai 1940, le principal du collège nous a annoncé le début de la guerre et a demandé de retourner chez nous par nos propres moyens. Qu’allions-nous devenir ? Moi, j’étais marqué par une photo de la rue Sax en feu, lors de la guerre de 14 !
De retour dans mon village de Mesnil/Eglise, le garde-champêtre nous a transmis un avis officiel imposant à tous les hommes de 16 à 35 ans non soumis à la mobilisation, de se rendre au Centre de Recrutement de l’armée belge à Erquelinnes ; se munir d’une couverture et de la nourriture pour 24 h !
Nous étions des milliers de jeunes, à devoir tirer notre plan : les communications ferroviaires étaient compliquées à cause des bombardements ; beaucoup de réfugiés encombraient les routes : c’était le chaos !
Le 6 septembre, retour à Bruxelles, et j’ai repris des études de géomètre.
En 1943, j’ai été appelé par les allemands, pour travailler à leur service : je suis vite rentré chez moi, refusant ce « werkbestell ».
C’est alors que le vicaire de Houyet me proposa d’entrer dans la résistance, à ses côtés. « Trop dangereux ! » a dit mon père. Mais j’avais déjà pris ma décision.
Je me souviens que, le 3 septembre 44, jour de la libération de Bruxelles, nous avons tendu une embuscade à un convoi allemand. Bilan : 33 ennemis tués, dont un général et 2 officiers ; pas un blessé dans nos rangs !
Une messe d’action de grâce est célébrée chaque 1er samedi de septembre, au mémorial de Jannée, là où eurent lieu de terribles combats. Une stèle apposée là, rappelle l’héroïsme des résistants :« Cette terre a bu leur sang – Ces pierres ont vu leur combat ».
Le 18 janvier 1945, je me suis engagé comme volontaire de guerre. Avec les américains, nous avons combattu à Remagen, dans la région de Munich, faisant des prisonniers en grand nombre ; avec une dizaine d’autres volontaires, nous avons aidé à la libération du camp de Buchenwald…

Et après la guerre ?

De retour en Belgique, j’ai suivi l’école d’officier, mais j’ai été dégoûté de l’armée par la corruption qui y régnait. Je suis alors entré à l’Etat et puis je me suis marié, avec une fille de mon village : nous avons eu 3 enfants, 8 petits-enfants, et 7 arrières…

Le fait d’être chrétien, d’avoir la foi : cela vous a-t-il aidé à traverser ces épreuves ?

Oui, certainement. L’aumônier présent avec nous au Bois des Tailles, nous aidait beaucoup dans ces actions de résistance, où la peur nous accompagnait chaque jour.
Bien plus tard, lors de la guerre du Golfe, en 1991, on avait demandé dans les églises de prier pour la paix : ce que nous avons fait souvent avec mon épouse.
Maintenant que je suis seul, je continue de prier pour la paix et je récite mon chapelet tous les jours.

Quel message voudriez-vous laisser aux jeunes ?

Je suis toujours très heureux d’aller parler dans les écoles et de voir des jeunes lors des cérémonies patriotiques. Car il est important de ne pas oublier le sacrifice de ceux qui ont donné leur vie pour que nous vivions dans un monde libre.
Il est nécessaire aussi que la relève des anciens comme moi, soit assurée !

Quels sentiments vous habitent aujourd’hui ?

Moi, j’ai eu de la chance de m’en sortir ; mais je garde de la rancœur au fond de moi, envers les nazis : quand je pense aux jeunes gens massacrés à Bande, à tous ceux qui ont souffert dans les camps, dans les chambres à gaz… J’y pense souvent avant de m’endormir ; le souvenir reste difficile.

Propos recueillis par J. Massart
le 17 février 2014

Mentionnons ici un article publié dans le quotidien Vers l'Avenir :

http://www.lavenir.net/cnt/dmf20150224_00606924

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Les Ardennais n'oublieront jamais

Les éléments du récit sont repris dans un récit publié dans la revue Ciney Houyet

SAM_3508.JPGJoseph Hautot est né le 31 juillet 1921 à Ferage, un hameau de Mesnil-Eglise, près de Houyet où son père, Emile, était garde forestier à la Donation royale. Après l'école primaire à Mesnil en 1935, il étudie au collège Notre-Dame de Bellevue à Dinant. Il y restera 7 ans et ne reviendra, en raison du peu de moyens de communication, que rarement à la maison. Il se souvient que dans les années 30, sa famille avait déjà fait l'acquisition d'un poste de radio. C'était, se souvient Joseph, un gros engin avec des accus qu'il fallait recharger souvent. L'eau et l'électricité n'arriveront à Ferage qu'en 1948. Le soir la famille s’éclairait au quinquet en écoutant la radio, les chanteurs à la mode dont tous ensemble ils reprenaient les titres. 

Joseph se souvient d'avoir assisté à l'exposition universelle à Bruxelles en 1935 avec son école et grâce aux autocars Toussaint de Winenne. C'était au Grand Palais. Joseph se souvient surtout du pavillon du Congo. Il découvrait les fauves, émerveillé.

A la maison, on n'évoque pas trop l'actualité, au collège, par contre, la montée du nazisme alarme. En septembre 1939, les élèves du collège sont renvoyés. La mobilisation générale était décrétée. Après une fausse alerte, les cours ont repris. Joseph, bon élève, termine ses modernes avec la grande distinction.

Pavillon Congo, exposition universelle Bruxelles 1935

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Mais le 10 mai 40, le principal du collège annonce que la guerre est déclarée. Il faut rentrer chez soi. Avec son frère, Joseph veut prendre le train. C'est impossible. La gare de Jemelle a été bombardée à l'aube. Par bonheur, un bus va sur Beauraing via Houyet. Les frères le prennent. En passant devant le mémorial dédié aux 674 victimes civiles de la barbarie allemande, Joseph s'aperçoit que le monument a été détruit. Donc, dit-il aujourd'hui, il n'a pas été détruit par les envahisseurs allemands qui n'étaient pas encore en Belgique mais, affirme Joseph, par les Dinantais qui craignaient des représailles. Les deux frères quittent le bus à Feschaux et gagnent Mesnil à pied. Ils ont découvert et lu les avis : " Les hommes de 16 à 35 ans doivent rejoindre les centres de recrutement de l'armée belge". Joseph doit se rendre à Erquelinnes. Au moment de rallier le centre de recrutement, la mère de Joseph lui a soufflé à l'oreille : "N'allez pas avec les filles !". Le lendemain, la dizaine de jeunes hommes de Mesnil parvient à Fosses. A hauteur de Tamines, leur train est bombardé. Fuite dans tous les sens, débandade. Par bonheur la bombe a atterri dans la Sambre. On reprend la route. Nouvelle alerte à Charleroi. Ils arrivent à Erquelinnes sains et sauf. Les Français sont là, avec des chevaux. Il y a également des Sénégalais. Il y a des réfugiés partout. On se loge comme on peu, au deuxième étage d'une maison pleine de réfugiés. La nuit, une bombe frappe la gare, Joseph, qui dort avec sa valise pour oreiller à proximité d'une fenêtre est couvert de gravats. Par bonheur, pas une égratignure. A Erquelinnes, personne, pas d'officier belge en vue, pas un fonctionnaire du centre de recrutement. Chaos. A Tergnée, premier poste français après le passage de la frontière, la gare est en feu. Nous sommes néanmoins passés. Nous avancions et prenions la mesure de la catastrophe. Nous recevions un peu de pain des sœurs, tout autour, on apercevait des réfugiés affamés. Après un long voyage, nous avons atteint Carcassonne et Bessan, dans l'Hérault. 

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a jo.jpgJ'ai trouvé un emploi là-bas. J'ai sulfaté de la vigne. Les gens étaient ambivalents avec nous, les Belges. Certains étaient accueillants mais d'autres, quand la Belgique a capitulé, nous insultaient.  Pour salaire, je recevais 35 francs français et deux litres de vin. J'étais sans nouvelles du pays. J'aimais assez mon sort ensoleillé. Le comité belge nous a conseillé de remonter en Belgique. Nous nous sommes mis en route dans des wagons à bestiaux. Durant le trajet, un voyageur avait gardé son uniforme. il voyageait avec sa femme et ses enfants. les Allemands l'ont fait prisonnier. Les enfants hurlaient, s'accrochaient à leur père. J'ai été touché. A Bruxelles, la Croix-Rouge  attend les réfugiés à la rue des Marais. Joseph rentre au train jusqu'à Yvoir. le pont sur la Meuse avait été détruit. Un camion allemand a conduit les réfugiés à Dinant. De là, un bus les dépose à Feschaux. Puis retour à pied.

Je revois encore mon frère occupé à travailler avec les chevaux et la batteuse. Il m'a reconnu, a arrêté immédiatement la machine et a couru prévenir mes parents. Ma mère est venue vers moi en criant, mon père a déposé sa faux et s'est mis à pleurer comme un enfant. Cette scène restera à jamais ancrée en moi.

Joseph reprend alors les cours au collège. Une aile a été endommagée par les bombardements.Tous les enseignants sont là, indemnes. Par contre des camarades de classe sont absents, certains ont péri sous les bombes. Joseph rentrait le week-end à vélo et devait être de retour le dimanche pour le salut. la nourriture était rare. Un petit pain le matin. Il fallait ramener des victuailles de chez soi sinon, on mourait de faim.

Joseph termine ses humanités en 1942, entre à Saint-Louis à Bruxelles et obtient des papiers d'étudiant. On m'a demandé de faire partie du comice agricole et j'ai refusé car je ne voulais pas travailler pour les boches. j'étais couvert par mes précieux papiers de Saint-Louis. J'aidais mon frère à travailler dans les bois. Je gardais un statut d'étudiant qui m'épargnait le travail obligatoire.

En début 44, Joseph approche le curé de Houyet, responsable dans la Résistance. Un samedi du mois d'août, Joseph entre réellement en action dans la Résistance et rallie à Fenffe un camp de l'Armée secrète d'une centaine d'hommes. Il y avait quatre grandes tentes construites avec des bâches que nous avions dénichées à la gare de Jemelle. Nous étions perpétuellement sur le qui-vive, si bien qu'il était défendu de se déshabiller et d'ôter ses chaussures. Il fallait toujours avoir le fusil à portée de main ; des sentinelles montaient la garde jour et nuit. Interdiction aussi de faire du feu.Joseph vivra un mois et demi dans le camp, prenant part à toutes les opérations. Nous restions cachés le jour; la nuit, noous sortions mener nos actions de sabotage ; destruction des poteaux électriques ou de téléphonie, démolition du pont d'Ardenne, etc. J'ai participé à toutes les actions. Au total, toutes ces opérations menées par notre groupe auront coûté la vie à treize maquisards.

L'ATTAQUE AU BOIS DES TAILLES - Un général SS et vingt-deux de ses hommes tués

Le 3 septembre 1944, alors que Bruxelles est libérée par les Américains, le groupe de l'Armée secrète du camp de Fenffe dirigé par le lieutenant Jacques de Villenfagne apprend que les Allemands vont quitter Dinant et prendre la direction de Neufchâteau. Il était environ midi quand nous nous sommes déployés. Le lieutenant avait minutieusement préparé l'attaque avec un plan de repli, etc.  A hauteur du lieu-dit la Fosse du renard, il a mis en joue deux estafettes et a tiré. Un nazi a été tué, l'autre a été fait prisonnier. Peu après, une voiture noire de la Gestapo a été prise sous le feu d'autres maquisards, un peu plus bas. Même chose avec une grosse camionnette qui sera canardée et envoyée dans le fossé. Les Allemands possédaient un contingent d'environ deux mille homme au château d'Ardenne et ils ont envoyé trois colonnes. Mais notre embuscade était au point. Nous étions en surplomb ; je tirais et tirais tant que je pouvais. Les Allemands ont subi d'énormes pertes, mais pas nous. Aucun résistant n'a été tué. Au bout du compte, un général SS et son aide de camp, cinq hommes de la Gestapo en civil porteurs d'arrestations, quinze à vingt soldats de la Wehrmacht sont abattus, des documents importants sur la position des batteries allemandes qui sont aussitôt transmises par radio à Londres.

Le vendredi les Américains sont à Houyet. Nous prenons contact avec nos libérateurs et logeons à l'hôtel de la Lesse.

Après la libération, Joseph poursuit la chasse aux Allemands. Il suit une instruction à Bon-Secours avant d'intégrer le 16e bataillon des fusiliers où il décrochera ses galons de sergent. Puis, départ pour l'Allemagne. Aix-la-Chapelle, Düren où il n'y a plus un seul bâtiment debout. A dix kilomètres du Rhin, nous avons essuyé des tis allemands. Nous nous sommes réfugiés dans les bois. Un des nôtres a été blessé. Sorits des bosi, nous avons été pris au beau milieu des comabats incessants de Remagen.

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Les combats de Remagen en 45

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Le pont fait de bateaux juxtaposés

Le 15 mars 1945, la deuxième compagnie du 16e bataillon, à laquelle j'appartenais, a traversé le Rhin à Linz sur un pont de fortune composé de bateaux juxtaposés parce que le pont de Ludendorf, celui pris par les Américains le 7 mars, s'était effondré. Nous avons passé le Rhin en force à Wessel une semaine plus tard. Les Alliés venaient de lancer leur offensive pour encercler la Ruhr par le sud. Nous avons eu deux tués. C'était terrible. Notre bataillon avait pour mission de nettoyer les bois de toute présence allemande. Il fallait aussi arrêter les déserteurs. Il y avait de vieux landsturms (forces militaires non régulières) qui continuaient à se battre, mais aussi des gamins. J'étais avec Joseph Gilson et nous avions repréré des Allemands qui passaient d'un bois à l'autre. J'ai tiré et un est resté sur le carreau. j'en ai tué sans doute d'autres quand nous nous battions au Bois des Tailles. Joseph s'émeut mais poursuit : Mais à la guerre, c'est tuer ou se faire tuer, non ?

Nous sommes restés en Thuringe, à Stadhilm en armée d'occupation. Je logeais chez l'habitant. Puis nous sommes partis du côté de Munich en passant par Nuremberg où il y avait des ruines partout. Cela m'a marqué parce que cela avait dû être une très belle ville. Quelques jours plus tard, nous avons pu renter en Belgique.

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Photo de Joseph au maquis à Houyet

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A Stadhilm, en Allemagne, Joseph avec sa "limousine"

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Trois volontaires de guerre, Joseph au centre

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Quand nous passons le Rhin en 45, je suis à l'exercice avec mon fusil-mitrailleur