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26/07/2017

Warnant (Usine à cuivre, partie quatre)

En 1826, le château de Moulins et ses alentours proches sont mis en vente. C'est le baron Alphonse Jacquier de Rosée qui acquiert le lot, c'est-à-dire les bâtiments du château (ancienne abbaye), jardins, vergers, canaux et prairies proches du château. Parmi les terrains entourant le château, ceux qui se situent au sud vont connaître dans les années suivantes un destin industriel remarquable en devenant l'assiette d'une usine à cuivre qui se développera régulièrement et fonctionnera jusqu'en 1978. 

Dans le développement de l'usine, il y a lieu de considérer deux périodes, la première du début à 1914, la seconde de 1921 à 1975.

Alphonse de Rosée crée ses premiers établissements à partir de 1830. ce sont : un laminoir alimenté en force motrice par le prolongement de la dérivation de la Molignée, une fonderie est construite sur un ancien verger. 

C'est à partir de la fonderie et du laminoir que l'usine va grandir en s'adjoignant des constructions nouvelles. Nous ne mentionnerons que les accroissements considérables.

1840 : création d'une batterie de cuivre à six marteaux actionnés par une grande roue hydraulique.

1846 : au laminoir s'adjoint une tréfilerie et un atelier de chaudronnerie.

Cette même année paraît un prospectus détaillant les produits vendus, liste étonnante par sa variété. Le prospectus est reproduit en annexe.  

1861 : une remise est agrandie et transformée ne fonderie de cloches sous la conduite d'Henri Michel. C'est là que seront fondues les deux cloches offertes par madame de Rosée à l'église de Warnant.  Henri Michel sera remplacé par la famille Causard qui reprend la fonderie jusqu'en 1889 quand ils feront bâtir leur propre atelier à Anhée. 

Reprenons la liste des principaux agrandissements :

1862 : dans un coude de la Molignée, au lieu dit "Aux Déchanges," se construit une nouvelle batterie de cuivre. 

Avant la guerre 14-18, une dernière extension a lieu, il s'agit d'une nouvelle batterie de cuivre. C'est là qu'on fabriquait les foyers des locomotives à vapeur et la grosse chaudronnerie.

Pendant la guerre 14-18, les usines sont à l'arrêt, les Allemands ayant réquisitionné le stock de cuivre pour l'envoyer en Allemagne. Cependant le baron de Rosée s'efforcera d'occuper ses ouvriers, soit à l'entretien de l'outillage soit en exécutant des terrassements pour les extensions futures.

La guerre passée, à partir de 1921 jusqu'à 1975, l'usine s'étendra dans la partie sud-ouest de la propriété. Les constructions seront d'une plus grande superficie et d'un aspect plus géométrique. 

1921 : construction d'un nouveau laminoir où se fabriqueront les produits semi-finis. 

1925 : construction d'une câblerie-tréfilerie.

1935 : construction d'une décaperie.

1947 : nouveau laminoir pour la fabrication de tôles de grandes dimensions

1954 : nouveau laminoir pour la production de fils à partie de bandes de cuivre

1965 : construction d'un grand hall pour l'installation d'une presse de  1700 tonnes de poussée.

A partir de 1968, on abandonne le charbon comme combustible, on installe des fours à gaz.

1974 : c'est l'ultime extension de l'usine, on édifie un hall destiné à recevoir des fours à cloches servant à recuire sous vide les rouleaux de fils ou bandes pour leur garder un aspect brillant.

Le dernier acte est arrivé. Le 27 juin 1978, la faillite des usines de Moulins est prononcée. A ce moment, le personnel était déjà réduit à une centaine de personnes. 

En 1978, la société Trimex rachète l'actif de la société de Rosée mais l'expérience ne durera guère. 

Moulins, qi a connu pendant un siècle et demi, une activité grandissante et soutenue, Moulins désormais n'a plus d'autre avenir que celui d'une ruine industrielle. 

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L'usine de Rosée en 1910. 

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Prospectus des produits vendus en 1848.

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Aspect de l'usine lors de son plus grand développement.

Warnant (troisième partie : les industries de la Roche à Moulins)

La Roche à Moulins, est le nom donné à cette bande de terre comprise entre le cours inférieur de la Molignée, près de son embouchure, le rivage de Meuse et les collines rocheuses s'élevant au nord. Son histoire est ancienne et variée. Elle faisait initialement partie du domaine du comte de Namur. Il y avait là un moulin à farine banal. Celui-ci ayant été détruit lors de guerres, l'autorité comtale décide de revendre le terrain à l'abbaye de Moulins (acte du 21 juillet 1448).

Franchissons le temps pour en arriver au destin industriel de ce bout de terre. 

En 1603, les moines assemblés capitulairement décident d'aliéner le terrain d'une superficie de 5 journaux (un hectare septante), au profit de Philibert Tournon, maître de forges. Pour l'achat  il devra payer annuellement 200 florins à l'abbaye. 

Sur le terrain, Tournon va construire une forgerie comportant deux hauts-fourneaux, une forge à trois feux, une fenderie et deux mainsons dont l'une sera pour le maître de forges. Les rapports entre Tournon et l'abbaye furent rapidement conflictuels. certains religieux opposés à la vente du terrain firent un procès qui n'aboutit pas. 

Après Tournon, ce fut la famille Tabolet qui reprit les forges mais les héritiers ne s'entendant pas, il en résulta un arrêt des activités et la revente en 1714 de la forgerie à Simon Jamard, lequel en 1724 mit le terrain en vente. L'abbaye s'empressa de le racheter et de détruire la forgerie. 

En 1742 les religieux changèrent d'avis: ayant fait construire une nouvelle église pour laquelle il avait fallu beaucoup emprunter, les moines avaient besoin de capitaux.

Joseph et Gérard de Montpellier rachètent donc le terrain et rétablissent le forgerie en 1748. 

En 1765, les Montpellier louent la forgerie de Moulins pour 12 ans à Barthelemy Dautrebande qui le 12 mars 1766 la rachète pour 35.000 florins. 

La République française, qui s'était emparée des Pays-Bas autrichiens, s'intéresse beaucoup à l'état de la forgerie. Un rellévé de 1795 indique que la veuve Dautrebande exploite à Moulins une forgerie comprenant un fourneau à fondre le fer et deux forges. Trente ouvriers y sont employés, toutefois il faut y ajouter les mineurs, charrons, coupeurs de bois, voituriers, faudeurs (transformation du bois en charbon de bois) qui indirectement travaillent une partie du temps pour les forges. 

Au décès de madame Dautrebande, la vente des forges se fait en 1798 au profit de Joseph Bauchau pour une somme de 35.200 florins. La famille Bauchau fit progresser et prospérer les forges. Au décès de Joseph Bauchau, en 1806, la forgerie revient à son fils Auguste et au décès de celui-ci, à sa veuve, madame Licot de Nismes. 

La période de prospérité des forges allait bientôt se terminer. Dès 1830, les industries établies sur les ruisseaux ne supportent plus la concurrence avec les industries du sillon Sambre et Meuse. La forgerie de Moulins n'échappa pas au destin commun, elle s'arrête vers 1855.

La famille Bauchau, très active et entreprenante, va s'orienter vers une nouvelle activité : la meunerie. 

En 1870, elle fait bâtir sur le site des forges un moulin à farine et une distillerie. Cette dernière pour laquelle on avait dû élever une grande cheminée dominant le site arrêta son activité en 1914. Quant au moulin, il fonctionnera jusqu'en mai 1941 quand un incendie éclate et détruit la moitié du bâtiment. Sur les meules qui ont échappé à l'incendie on continuera à produire des aliments pour le bétail.

Aujourd'hui, le site des anciennes forges est occupé par un établissement hôtelier de haut niveau. 

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Nous sommes en 1790. Cette gravure montre le passage de l'armée belgique devant la forge de Moulins.

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Le temps des forges est passé, la famille Bauchau a construit un moulins à farine et une distillerie sur le site des anciennes forges. Remarquons les tonneaux devant la distillerie.

 

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Le moulin vu en direction de Warnant.

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Le moulin Bauchau tel qu'il apparaissait dans son entièreté en 1910.

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La mention portée sur cette carte est erronée. Il s'agit ici du site de la Roche à Moulins. Le château de la Molignée apparaît dans le feuillage. La grande cheminée de la distillerie se montre au sommet de la Roche.

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Le site de la Roche à Moulins vu sous un autre angle.

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Site de la Roche à Moulins. La première embouchure à gauche est celle de la Molignée. La seconde évacue les eaux actionnant le moulin. 

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Le chemin de halage passant à l'arrière du château de la Molignée.

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Ceci est le carrefour de la grand-route et de celle de la Molignée. A l'avant-plan, remarquons la forge transformée en habitation.

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Le château vu au milieu de son parc avec, à l'avant-plan, le cours de la Molignée.

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Le château de la Molignée que nous voyons dans son entièreté a été bâti en 1825 par la famille Bauchau pour être proche de ses forges.

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Saule au carrefour des routes. l'arbre était considéré à l'époque comme remarquable.

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Les racines du saule ont souffert lors des travaux de pavage de la route, il disparaîtra bientôt. Dans le fond, l'hôtel de la Roche vers 1910 et le château de la Molignée à droite.

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Vue prise en 1919. Dans le fond, l'ancien bâtiment de la forge, à droite l'hôtel de la Roche, à l'extrémité droite, la Roche surmontée de la base de la cheminée. 

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L'hôtel dans les années 1920. Sous l'Ancien Régime, l'auberge de la Roche appartenait à l'abbaye de Moulins. On y faisait la passée des dîmes, c'est-à-dire la vente des denrées dont le prix revenait à des décimateurs. Dans les années 1820, il y eut là un passage d'eau en barque. le passeur était l'aubergiste. Cela dura jusqu'en 1873 quand le pont d'Yvoir fut construit.

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Vue de l'hôtel prise du carrefour.

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L'hôtel de la Roche dans son stade final, années 1930.

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La devanture de l'hôtel ayant vue sur la Meuse.

Warnant (Deuxième partie, abbaye cistercienne de Moulins)

L'abbaye cistercienne de Moulins

En remontant le cours de la Molignée depuis la Meuse, à un kilomètre environ en amont, on rencontre un château et on passe ensuite le long d'un bâtiment assez bas mais étendu. Nous sommes devant ce qui fut l'abbaye de Moulins. C'est en 1233 que l'évêque de Liège donne son consentement à la fondation d'un monastère de religieuses de l'ordre cistercien. Pour soutenir matériellement cette communauté récente, le comte de Namur lui octroie le prieuré Notre-Dame de Marlagne à Bois-de-Villers. Le second accroissement du patrimoine se fit par l'octroi du grand bois de Moulins pour une moitié et le paiement de deux cents livres pour l'autre moitié. Au cours du temps, les mœurs des moniales se relâchant, l'ordre décida en 1414, de remplacer les moniales par des moines. Après eux, les choses furent remises en ordre et l'abbaye continua à accroître le patrimoine surtout en acquérant des fermes de la région. Citons la ferme de Salet, la grande cense de Moulins, à Bioul, la cense du Payroir, les censes de Solonne et du Baty à Purnode, la cense d'Henneumont, la petite cense d'Anhée, la cense d'Ohet, et d'autres petits biens.

En 1648, l'abbaye rachète la seigneurie de Moulins et en 1465 celle de Salet.

En 1670 les moines prennent l'initiative  de fonder une papeterie avec l'aide d'un papetier Germain Charlet. Le papier se reconnaît à son filigrane : une croix abbatiale et un M majuscule stylisé. Vers 1720, les religieux décident de construire une nouvelle église digne de leur monastère. Ils font un emprunt de 60.000 livres. Lorsque dans les années 1785, le pouvoir autrichien voulut remettre de l'ordre dans les abbayes, la situation financière de Moulins fut jugée inquiétante, si bien que toute l'administration de l'abbaye fut confiée à un administrateur civil, Charles de Francquen.

Pour Moulins, le temps des turbulences avait commencé. 

Le 26 mars 1787, un décret supprime l'abbaye de Moulins : les moines sont renvoyés dans la ville civile avec une pension. Tous les objets contenus dans l'abbaye sont ensuite mis en vente publique. 

Mais tout cela n'était qu'un début. Les armées de la Révolution Française ayant conquis les Pays-Bas autrichiens, nos régions sont rattachées à la France et divisées en départements.

Les lois républicaines s'appliquent à Etats, et notamment celles sur la nationalisation des biens du clergé régulier. L'abbaye de Moulins et ses terres de culture sont mises aux enchères le 17 février 1797. L'ensemble est racheté par un Français nommé Jean-Louis Rousseau. Après l'abbaye, toutes les fermes de son patrimoine sont mises aux enchères. Tout cela marque la fin de l'abbaye de Moulins dont l'existence avait duré 650 ans.

NB Pour lire l'histoire complète de l'abbaye de Moulins, il faut se rendre sur le site une famille d'Anhée : http://remyclosset.magix.net/ 

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Album de Croÿ : abbaye de Moulins vers 1604.

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Gravure dans l'oeuvre de Grammaye : l'abbaye vers 1608.

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Gravure de Remacle Le Loup datant de 1740. Cette vue est la plus fidèle et montre ce qu'était l'abbaye dans les 50 dernières années de son existence. 

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La grande ferme de l'abbaye de Moulins datant probablement de 1619.

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Grange construite en 1762. A l'intérieur se voit une charpente d'un travail remarquable. 

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Ferme de Salet. Vue du quartier réservé à l'Abbé de Moulins où il prenait ses jours de détente. 

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Ferme de Salet. Potale datée de 1685.

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Vue actuelle de l'ancien prieuré de Saint Héribert à Bois-de-Villers. 

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Saint Héribert. Au-dessus de l'entrée, pierre taillée aux armes du dernier abbé de Moulins, Bruno Vallez. La devise "Fulget Crux", la croix rayonne.