google analytics

27/09/2013

Yvette Buchet

Récit d’enfance et d’adolescence

Yvette Buchet

SAM_0972.JPGJ’ai fréquenté l’Ecole Gardienne et Primaire à Romerée, chez les Sœurs de Pesche. Ensuite, j’ai mené des études moyennes techniques, 4 ans chez les Ursulines, rue de Bruxelles, Namur – j’y étais pensionnaire, on rentrait à la maison une fois entre les trimestres. (Photo : Yvette et Denys à la cuisson des beignets de pommes).

Ensuite, retour à la maison et travail avec mes parents : surtout travail à la campagne et travail avec le bétail : nourrir, traire, soigner les veaux, battre le beurre.

Je me souviens de la façon de réaliser le beurre. On turbinait tous les jours. On donnait le petit lait aux veaux, et avec le reste on tirait la crème. On vidait cette crème dans de grands pots en grès, on mélangeait pour maintenir la consistance. On mettait la crème dans la baratte le vendredi très tôt le matin (en été), la baratte tournait (d’abord à la main ensuite une baratte mécanique). On ne devait pas tourner trop vite, pour éviter que la crème reste prise sur les palettes. On surveillait. Quand la crème prenait, se solidifiait, quand le beurre devenait motte, on arrêtait de battre. On retirait les ailes. Il y avait alors une grosse motte. On prenait un tonneau avec un fond d’eau très froide, une eau qu’on allait chercher à la pompe du village, à la Goyette, en descendant vers Matagne. Maman prélevait et modelait les mottes et les déposait dans l’eau froide du minias (petit tonneau). Elle avait l’œil, le sens de la mesure. Elle était toujours juste. Je prenais les mottes de maman et avec les palettes, je façonnais la motte, je la plaçais sur le papier à beurre. Sur le papier, il y avait le nom de notre ferme : la ferme Germain Buchet à Romerée. Le marchand de beurre venait en prendre livraison. On en vendait aussi au village. Mais l’essentiel partait chez le marchand.

SAM_0554.JPG

L'anniversaire d'Yvette, en avril, avec notre ergo, Mélanie

J’aimais le beurre, on en plaquait sur les tartines quand Maman n’était pas là. Elle était économe. Elle n’était pas pour le gaspillage. Et nous non plus d’ailleurs.

En hiver, on faisait aussi le pain. On se levait plus tôt encore. On trayait, on soignait le bétail plus tôt et à huit heures, on était prêts pour le pain.

On avait préparé la farine dans le pétrin, la veille. On mettait le pétrin devant une source de chaleur pour faire lever la pâte. Quand elle était levée, on la découpait avec un outil prévu à cet effet : une plaque fer avec une poignée de bois. Maman pesait pour faire des pains de 600 grammes. On en faisait des longs et des ronds. On en faisait une dizaine par semaine. On en donnait aux parents de papa, Ernest et Lucie (une femme très sympathique, toujours souriante, pleine de joie de vivre). On le cuisait dans un four dans le mur, un four chauffé aux fagots. On plaçait les platines directement sur la cendre. Ça sentait bon dans tous les environs. Ce pain-là était fait avec notre blé, conduit en chariot tiré par le cheval (la jument s’appelait Paula et notre cheval s’appelait Bijou) il était moulu au moulin de Romedenne  Je bouchonnais la jument, quand elle avait des coliques, avec une torche de paille. Oui, ça la soulageait. On lui donnait aussi du café fort pour faire passer la colique. En quarante, pendant l’évacuation, c’est Paula qui nous a emmenés en chariot jusqu’à Genneteil, dans le Pays de la Loire, arrondissement de Saumur. Dans le chariot, il y avait des matelas, de la nourriture, quelques objets, Papa, Maman, mes grands-parents paternels, la tante Oliva, Josée, Andrée et moi. Paula a emmené tout ce petit monde. Je soutenais Papa qui avait une terrible migraine, au départ. J’étais avec lui, à l’avant, je conduisais le cheval. J’ai perdu une pantoufle durant le trajet. Et Maman m’a grondé à l’arrivée.

-Que va-t-on faire d’une seule pantoufle !

A Genneteil, dans un petit village à côté, pour gagner notre pain quotidien, papa a travaillé dans une ferme. Je ne peux me souvenir du temps que nous avons passé là-bas. On avait une petite maison à notre disposition. Les autorités avaient mis cela à la disposition des évacués. Quand nous sommes rentrés, on avait pillé notre maison. On avait volé les vêtements, du matériel, nos jouets. On n’a pas su qui. Moi, je ne l’ai jamais su.     

a romerée.jpg

Vue aérienne de Romerée extraite du blog en construction : "Les BUCHET de Romerée !" : 

http://users.skynet.be/buchet/romeree.htm