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04/11/2015

Décès de Lucienne Muno

Lucienne Muno

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Lucienne était entrée chez nous le 21 juin 2007. C'était donc une des anciennes de la résidence. Elle était née en août 1923. Lucienne a très longtemps participé à nos activités en compagnie de sa fille Liliane qui l'a accompagnée jusqu'au bout, très fidèlement. Nous présentons à ses proches nos très respectueuses marques de sympathie. Un peu désorientée mais avenante et hospitalière, adoptant parfois un air un peu taquin, elle était toujours assistée de sa fille Liliane qui a fait preuve à son égard d'un dévouement rare. Lucienne avait un rythme de vie lent et paisible qu'elle souhaitait que le personnel épousât. Elle pouvait prendre ombrage si on voulait la hâter. Coquette, cordiale, elle aimait chanter dans notre chorale, participer aux événements festifs. Lucienne était un être attachant au beau visage avenant. Depuis un certain temps, elle demeurait dans sa chambre et partageait son temps avec sa fille, que nous saluons très chaleureusement. Nous souhaitons à Lucienne un essor vers des espaces verts et propres, paisibles et rassérénants. 

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03/11/2015

Danielle Dawance

ENVOL DE DANIELLE DAWANCE

Ce matin vers l'aube, Danielle Dawance nous a quittés. Née en 1953, elle était entrée chez nous, à l'aile des courts séjours, le 28 septembre 2015. Petite, recroquevillée, très affaiblie par une longue maladie et des soins très éprouvants, elle gardait néanmoins une véritable étincelle de vie et persistait, inflexible, à sortir régulièrement de sa chambre et à se rendre à l'extérieur pour fumer sa cigarette. Elle a assisté à quelques reprises à nos activités où elle faisait preuve d'une vraie culture générale. Amène et courtoise, souriante, reconnaissante pour la moindre attention, elle révélait une nature bienveillante et cordiale. Mais nous n'avons pas eu, elle et nous, assez de temps pour faire réellement connaissance. Nous souhaitons à ce charmant et fragile colibri d'immenses champs de fleurs capiteuses.

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11/10/2015

Alfred Meerhage - Derniers récits

A l f r e d  M e e r h a g e  s' e n  v a

SL701375.JPGGrande, très grande tristesse dans Sainte-Anne dans l'après-midi. Quatorze heures trente. Notre très cher ami Alfred vient de s'éteindre, il y a quelques minutes. Je venais de passer dans sa chambre, Dominique m'ayant averti que le départ était imminent. Oui, il était arrivé au terme de sa vie. Alfred, c'est un ancien, un ami bien cher, un camarade. Ce départ est une épreuve. Il y avait une grande complicité avec lui, une fraternité, une compréhension mutuelle. On plaisantait, on parlait, on évoquait le passé, la guerre, le présent, la fuite des souvenirs, les souvenirs persistants, l'Afrique, la famille, les exploits d'archer, le cyclisme, le football. C'était une belle personnalité, un homme généreux, taquin, très sensible, affectueux. Mais il se sentait parvenu au terme de son existence. Sans rien perdre de son aménité, de sa bienveillance, de son hospitalité. Notre mononcle a fermé son parapluie rouge. Né en 1921, il était entré à la résidence le 30 juin 2003. Je me souviens qu'à cette époque, il prenait en charge tous les aquariums de la résidence (dans le hall d'accueil et au restaurant du premier). Son sourire malicieux régnait, rayonnait dans les couloirs. C'était toujours un bonheur de le croiser, d'entendre son dernier mot d'esprit en date. Il astiquait les vitres, changeait les eaux, soignait les diverses espèces, les nourrissait, chassait les parasites. C'était du très beau travail. De temps en temps, il allait dîner en ville. Il était très attentif à la vie collective de la résidence et suscitait, en raison de son bon caractère et de son intelligence, de son intérêt pour le bien-être des résidants, l'estime générale. Il avait un formidable sens de l'accueil, une qualité de présence réjouissante. C'est un homme qui émettait des ondes positives. On le sait peu mais Alfred était d'origine flamande. Sa famille, assez pauvre, s'était installée à Charleroi. Après avoir longtemps été harcelé comme 'flamin des gates", il était devenu un authentique wallon. Il avait un peu souffert de ces insultes, mais plus encore souffert d'une enfance dans la précarité, la faim quelquefois, l'obligation d'aller glaner sur les terrils, à pieds presque nus. Fils de mineur, il avait connu les logis misérables, le manque, le froid. Il est mort ce samedi 10 octobre. Il y a quelques temps, nous avions, à sa demande, conçu quelques derniers récits. Les voici.   

Avant-propos

Alfred m'avait dit qu'il sentait l'heure de sa mort s'approcher. Il m'avait confié qu'il était exténué et qu'il prenait ses dispositions pour le départ. Il se mettait en ordre, il réglait ses funérailles. Il m'avait fait l'aveu qu'il aimerait laisser quelque chose. Un signe, une trace, avais-je cru comprendre. Je lui proposai de laisser des mots, quelques pages, quelques récits. L'idée lui plut. Voici, en quelques mots, l'origine de ces derniers récits. On se souviendra aussi du premier récit qu'Alfred avait publié dans notre revue virtuelle :

http://residencesainteanne.skynetblogs.be/meerhage-alfred...

Alfred Meerhage – Derniers récits

A partir du mardi 24 septembre 2013 et puis de loin en loin, par petits entretiens.

On a souvent ri ensemble. Je vais te parler un peu sérieusement. C'est arrivé déjà qu'on se parle sérieusement. Faisons-le. Une minute ou deux. Un peu plus. Maintenant, je suis épuisé, je suis au bout, je le sens. J’ai décidé de partir sur la pointe des pieds. Pas de visite, de protocole. Je ne veux rien de tout ça. J’ai pris mes dispositions avec le responsable des pompes funèbres. Il est venu, je l'avais appelé. Je lui ai parlé une heure. Après, je vais recevoir le notaire. Je n'ai jamais eu de contact avec un notaire. Entre nous, il y a une chose très importante. A l’instant de mon décès, je veux que l’on place deux photos dans la poche intérieure de mon costume. Ces deux photographies nous représentent tous les trois, ma femme, ma fille et moi. C’est en juin 1945, (j’ai 24 ans) et en 1948. Nous sommes jeunes. Nous commençons. Je veux partir avec ces deux images. Quelques vêtements et ces deux photographies. Je me dépêche de dire, je n’ai plus les idées très claires. Enfin, ce n'est pas la catastrophe, tout de même. Et j’ai envie de dire.

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Andrée, Alfred et son épouse en juin 1945 et en 1948. Les images qui doivent, selon son voeu, accompagner Alfred dans sa dernière migration. Je les ai personnellement remises à la famille en expliquant le vœu d'Alfred.

Augusta Herlay, née en 1924, était mon épouse. Elle était orpheline. Elle vivait successivement chez ses trois oncles. Le voisin direct de notre maison familiale était un oncle à elle. Elle aimait venir à la maison, elle aimait ma mère, Blondine. Elle venait souvent la voir. Maman me demandait de promener la jeune Augusta. Elle avait quatre ans de moins que moi. Je l'ai donc invitée à sortir. Nous nous sommes liés petit à petit. Nous nous sommes mariés en 1943. Il faut essayer de garder les vies en mémoire. Elles restent un peu, de cette façon. Elles ne sont pas effacées. Augusta est morte en 2001, le 13 avril, à Saint-Luc, Namur. Il y avait une photo de nous deux au-dessus de mon lit.

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Augusta et notre fille Andrée en 1951 à Dampremy. La photo a été prise par Nimal, le photographe de Marchienne-Docherie. Je me souviens de cela. On a en mémoire des choses dont on ne se doute plus. C'est important de parler, de raconter, on retrouve des choses. Et à droite, c'est moi avec ma grande soeur Rosalie. J'avais trois sœurs, toutes plus âgées que moi : Elvire, Marie-Thérèse et Rosalie, dans l'ordre chronologique. J'avais trois frères, Joseph, Léopold et Pierre. On était une famille nombreuse. Il y a deux frères que je n'ai pas connus, d'un premier mariage de maman qui était veuve quand papa l'a épousée. Papa était mineur et il est mort à l'âge de 56 ans, de la silicose. Les mineurs mouraient tous de ça. Les conditions de vie étaient tellement plus difficiles que maintenant. Les gens souvent ne savent pas d'où ils viennent. Il faut être curieux de ça.

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Le papa d'Augusta (troisième à partir de la gauche, première rangée) était mineur lui aussi. Il mourut alors qu'elle était enfant. Sa maman, très malade, est morte quand Augusta était enfant. Elle a été orpheline très tôt. Cela l'a beaucoup marquée. C'est grâce à ma maman que le lien s'est crée entre nous. je ne le regrette pas, jamais. J'ai beaucoup souffert du départ d'Augusta, encore maintenant. De ces temps-ci, je rêve beaucoup d'elle et de ma fille Andrée. Je rêve qu'elles sont là. Hélas, je ne peux raconter ces rêves, ils se dissipent au lever, comme la brume, pas moyen de les retenir. Mais ils sont venus. Ils étaient là. Augusta et Andrée se trouvaient dedans. Je voudrais les retenir, ça ne fonctionne pas.

SAM_1620.JPGMaman est morte à l'âge de 80 ans, en 60 ou 61, j'ai une petite hésitation. J'étais en Afrique, à Jadotville. Un appel téléphonique m'a appris que Maman était morte. On se préparait à cette époque à évacuer. Maman était morte. Je n'étais pas là. Un vieil homme se souvient de ça. Quand je suis rentré en Belgique, Maman était enterrée depuis quelques mois. Elle est au cimetière de Gilly. Quand je suis rentré en Belgique, je suis allé sur la tombe de Maman. j'étais ému. Papa est mort en 1932. J'avais 11 ou 12 ans. C'était un corbillard tiré par quatre chevaux et ensuite, toute la famille suivait. C'est tellement clair dans mon souvenir. Devant les chevaux, il y avait un orchestre de 4 ou 5 musiciens. A la levée du corps, ils ont interprété l'Internationale. Pendant le trajet, ils jouaient une marche funèbre. Je me souviens de cela. Ce sont des moments capitaux dans ma vie. Sur le moment, on ne le sait pas tout à fait, on est bouleversé mais on est encore un enfant. Mais tout ça se grave profondément. Mon père était devant, moi, je suivais tout seul. C'est l'image qui me reste. C'est gravé ainsi dans ma mémoire. Maman a assumé seule la charge de la famille. Elle était courageuse. Papa était mouscronnois, mais d'origine flamande, comme son nom l'indique. Maman aussi. Ils sont arrivés en Wallonie en 1914, à l'évacuation, après un crochet par la France, ils sont arrivés à Charleroi. Maman s'appelait Blondine De Vuyst. Une Flamande. Ces querelles, ces frontières linguistiques, des conneries, de vraies conneries. La Belgique est un mélange, ça fait partie de nous. Quand j'étais petit, les enfants, à l'école, me traitaient de "flamin dè gattes". Bon, ça n'a pas duré. Très vite, j'ai mieux parlé le wallon qu'eux. 

Ici, ce sont les monteurs électriciens des Acec à Bruges, entre 1950 et 1951. (Moi, je suis le quatrième à partir de la gauche, dans le premier rang). On équipait les locomotives électriques qui devaient circuler entre Bruxelles et Ostende. A cette époque, j'avais déjà travaillé quatre ans au Congo. J'ai voyagé beaucoup, beaucoup circulé, traversé le monde, il y a avec ma vie de quoi faire un roman. Mais un jour on est là, à la fin, on sent la fin, on se retourne un instant. Il faut se retourner quand on a l'occasion de le faire.

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SOUVENIRS AU HASARD DE LA MÉMOIRE : Je te l'ai dit déjà. Il y avait neuf enfants chez moi. De son premier mariage, Maman avait deux enfants. Veuve, elle s'est remariée avec papa, ils ont eu sept enfants. Je les ai nommés déjà quand nous parlions ensemble : Elvire, Marie-Thérèse et Rosalie chez les filles, Pierre, Léopold, Joseph et moi pour les garçons. J'étais le petit dernier. J'en ai très peu parlé, très peu, je n'aime pas ça et là encore j'hésite. Je n'oublierai jamais la misère dans laquelle on a vécu. La misère noire. Tous les ménages de mineurs étaient malheureux, ils avaient faim, ils ne possédaient rien, une vraie misère. Quand je rentrais de l'école, j'allais ramasser du fer sur le terril, du fer, du cuivre. Il s'agissait de déchets de cuivre qu'on revendait pour avoir un peu d'argent pour la famille. Le marchand, celui qui nous rachetait nos maigres récoltes, passait avec sa charrette tirée par un âne. Je revois ce petit attelage. On l'entendait arriver. Ah ! c'était terrible, je n'aime pas raconter ça, cette misère, mais je le dis aujourd'hui. Petit, j'en avais honte de cette misère. La misère, c'est terrible, on est pris dedans, coincé, on souffre de tout, faim, froid, et en plus, j'éprouvais de la honte.

A quatorze ans, j'avais deux frères qui étaient morts de la silicose, la maladie des mineurs. Ils sont morts au sanatorium "Les Bruyères" de Marcinelle. Ils s'appelaient Pierre et Léopold. Ils n'avaient pas trente ans. Moi, j'étais le petit dernier.

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Sanatorium Les Bruyères de Marcinelle

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A quatorze ans, j'en avais vu. Je repense aux miens, à ce qu'ils ont vécu. A quatorze ans, j'avais eu un beau bulletin. L’instituteur est venu trouver mes parents pour les inciter à me faire poursuivre des études. Cela n'a pas été possible, les pauvres n'avaient pas d'argent. Rien. Je suis allé travailler aux ACEC à 14 ans. L'infirmière du sanatorium de Marcinelle m'avait pris sous son aile et m'a fait entrer comme garçon de courses aux ACEC. J'allais d'un atelier à l'autre, je portais les outils, les commandes, les messages. J'ai échappé à la mine grâce à elle. C'est en octobre que je suis entré aux ACEC. J'avais pour me vêtir un costume de gamin à pantalon court et des pantoufles. Une misère. Les ouvriers du bobinage se sont cotisés pour m'offrir, à l'occasion de la Saint-Nicolas, des vêtements chauds. J'étais gêné et reconnaissant. Très reconnaissant. On m'a obligé à fréquenter les cours du soir de Mr Degrelle (rien à voir avec l'horrible Léon) qui était ingénieur à l'usine et enseignant après ses heures de travail. J'ai suivi tous ses cours avec assiduité et intérêt. Mr Degrelle est demeuré attentif à moi jusqu'à mon départ en Afrique. Il me considérait comme un bon élève. Il m'a bien aidé. En revenant d'Afrique, je lui ai offert une défense d'éléphant sculptée et des animaux taillés dans l'ébène. Il m'a reçu avec beaucoup d'égards. J'en étais fier.

AU FIL DES SOUVENIRS 

On va évoquer un peu le temps de la Résistance. Le parrain de ma fille Andrée s'appelait Emile. Le Milo. Il était, dès ma jeunesse, mon grand complice. Ce sont des choses que j'ai peu racontées. Il y avait à Dampremy la rue de la Drève. En 42 ou 43, dans une maison de cette rue habitait un haut responsable belge de la Gestapo, un vrai traître, un collabo. Il s'appelait Rijs. Emile et moi, nous étions postés sur le trottoir du collabo. Nous avions décidé de l'attaquer quand il serait dans le tram. IL prenait le tram tous les jours. Quand il est entré dans le tram, bien discrètement, nous l'avons pris en sandwich. J'ai doucement tenté, profitant des cahots du tram, de prendre l'arme de Rijs. Il me semble qu'il s'est rendu compte de ma tentative car il a gardé sa main posée sur son arme. Mais il n'a pas osé protester, le tram était bondé, il ne s'est pas manifesté. Mais nous avons échoué dans le vol de son arme. Émile et moi avons tenté autre chose. Nous y avons songé et nous avons préparé l'affaire.

a ancienne église de Dampremy.jpgLe Milo et moi, nous nous tenions cachés dans le retrait de l'entrée de la poste, juste en face du domicile de Rijs. Nous observions. De notre poste dissimulé, on voyait ce qui se passait chez lui. Nous étions armés de quelques pavés et d'un peu de matériel de peinture. On avait dissimulé tout ça, à la faveur de la nuit, dans un recoin de l'entrée. Pendant que l'un faisait le guet, l'autre badigeonnait des croix gammées sur la façade. On en a peint un bon nombre. On se relayait. La façade était décorée d'une belle suite de croix gammées noires. A la suite de cet exercice de peinture nocturne, après un décompte concerté, nous avons balancé les pavés dans les fenêtres de la façade. Le forfait accompli, nous avons fui chacun de notre côté. Nous avons été poursuivis. Oui, ça hurlait derrière nous. Moi je me suis réfugié dans l'ancien cimetière de Dampremy, derrière l'église. J'y ai passé toute la nuit, en planque. Juste un petit détail, je portais ce jour-là mon seul costume acheté à la Belle Jardinière. Pour me dissimuler, j'ai dû ramper entre les tombes abandonnées, dans la boue, les gravats. Le costume a été perdu. Des patrouilles circulaient dans la nuit, pas loin. je restais terré. J'ai éprouvé une peur immense. Je m'en souviens très bien. Une peur immense. Une sensation qu'on n'oublie plus jamais. A l'aube, j'ai quitté le cimetière, le Milo, de son côté, avait regagné son domicile dans la nuit. Dans la nuit, les Boches ont réveillé les voisins et ils les ont contraints à nettoyer la façade. Après la guerre, Rijs a été fusillé. Moi, je n'ai pas été mobilisé pour la raison que j'étais soutien de famille. Les Allemands avaient fait une descente à la maison pour s'assurer que j'étais bien soutien de famille. Maman tremblait mais je crois qu'elle feignait l'effroi pour faire comprendre aux Allemands qu'elle ne pouvait plus vivre seule. Je crois qu'elle a bien joué le coup.

SAM_1799.JPGIl me revient une petite anecdote, elle est plus ou moins de cette époque. Je devais me rendre dans le Limbourg pour réparer une machine d'extraction. J'arrive à la gare. Une nuée de Boches tournoyait. Je suis monté dans le train. Un type de la Docherie avait ouvert un petit hôtel là-bas. Pendant les réparations, les trois monteurs de l'équipe logeaient là. Il y avait Joseph (dit Jef), Camille (un sacré blagueur, un joueur de tours) et moi. On se relayait les nuits. la nuit où Joseph était à l’œuvre, Camille avait parsemé ses draps de lit de petites boules de laine noire comme s'il s'agissait de punaises. Jef avait la phobie, un dégoût affreux des punaises. Quand il s'est aperçu que sa literie était infestée (il n'a pas deviné le canular), il est entré dans un rage affreuse. Il a fait venir le patron. Camille en rajoutait une couche, il exigeait lui aussi des explications. Jef a fait un scandale pas possible pendant que de son côté, secrètement, Camille jubilait. En dehors de ses heures de travail, Camille était musicien, il jouait dans un orchestre de jazz, il tenait la stringbass (contrebasse). Voilà, ce sont de petites choses qui me reviennent un peu dans le désordre. (Ci-contre, Alfred dans le temps de sa jeunesse). Tu vois, il y a du brouillard, c'est vrai, assez bien même, mais la mémoire, ça marche encore.

C'est  ça, la vie, une suite de petites choses. J'ai perdu ma femme, c'était une séparation douloureuse, j'ai perdu ma fille, cela ne devrait jamais se produire, c'est terrible de perdre un enfant. Mais ma femme, ma fille ont fait ma vie. Elles sont très importantes, capitales. Maintenant, mon tour de partir est proche. Je ne serai pas pris au dépourvu. Je ne suis pas croyant mais ce qui a existé a existé. C'est là tant que quelques-uns s'en souviennent, c'est là si c'est écrit.

Nous souhaitons un vol selon ses voeux à notre cher oiseau rouge, notre oiseau-camarade.

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