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03/11/2016

Décès à la Résidence.

E r n e s t    T o r d o i r

SAM_3258.JPGNotre ami Ernest nous a quittés ce 29 octobre vers 16h45. Entré chez nous en décembre 2013, il était né le 17 juillet 1925. Le décès de son épouse Anne l'avait désespéré et il ne s'en est jamais vraiment remis. Il aspirait, nous a-t-il répété, à la rejoindre. Homme affable, attentif aux autres, inépuisablement attaché à son épouse, Ernest était un être très sensible, vivement intéressé par les relations sociales et la communication, toujours disposé à évoquer son passé, mais également atteint, désespéré par les coups du sort. Il demeurait toutefois toujours très réceptif à toute marque d'attention. Voici, pour marquer son passage parmi nous et pour attiser notre mémoire, des extraits du récit de vie qu'il a entrepris avec moi. 

Je suis né le 17 juillet 1925.

Pour mes parents, je ne me souviens pas des dates de naissance. Mon père s’appelait Herman, il était chauffeur de camion. Ma mère s’appelait Marie Albert, elle était originaire de Thorembais-les-Béguines. Elle a exercé quelques métiers : coiffeuse, vendeuse (tricots, casquettes). Elle a arrêté en 1940. Mes parents se sont mariés en 1925.

J’ai une sœur, Lucienne, elle est quinze mois plus jeune que moi. Elle vivait à Ottignies, je suppose qu’elle est toujours en vie. Elle a trois enfants, Nadine et Christian qui sont jumeaux et Carine.

Avec mes parents, on a vécu à Ligny (lieu de la dernière victoire de Napoléon avant Waterloo), à Bruxelles et à Sombreffe.

Scolarité :

J’ai effectué mes primaires à Ligny. Ensuite, j’ai fréquenté l’école technique à Court-Saint-Etienne et enfin formation A2 école militaire technique de Saffraanberg – St-Trond (formation relative aux munitions et armes des avions).

Profession :

DSC_0191.JPGJ’ai travaillé aux ACEC en 43, à partir de 1946, j’ai été militaire de carrière à Beauvechain, Meerdael et Düren, en Allemagne. J’ai fait partie de la Résistance armée (Gembloux), j’ai fait partie de l’Armée blanche entre 1942 et 1945. J’ai été reconnu résistant sans avoir introduit de demande. J’ai néanmoins le statut de résistant.

(Monsieur Tordoir semble très désireux d’évoquer ce moment de sa vie et je lui consacre du temps. Il souhaite me faire savoir et comprendre comment il a progressivement assumé son rôle de résistant. Je crois avoir compris que c’est le personnage héroïque et déterminé de sa mère qui a décidé de son désir de faire partie de la résistance).

Voilà quelques faits qui vous permettront de comprendre. Les Allemands occupaient Ligny. Le bourgmestre était un rexiste notoire. On le haïssait. Pour ne pas devoir héberger des Allemands, maman a affirmé que j’étais atteint de la tuberculose. Les Allemands n’ont pas insisté.

En 41, j’ai réalisé un dessin patriote (un soldat belge brandissant le drapeau national) qui a été affiché en place publique. Il a été enlevé très rapidement.

En 42, je renseignais la Résistance sur le passage des trains. Mon père faisait partie de l’Armée secrète et moi du FI (Front indépendant). Bientôt, tout cela a fusionné pour constituer un groupe plus important et mieux coordonné.

Ma famille a dissimulé une enfant juive durant une semaine. Pas de nom, pas de prénom, le secret le plus absolu. Ma mère a transféré la petite vers un autre endroit, selon les directives de la Résistance.

Deux cousins français avaient trouvé refuge chez nous (un Parisien, un type vaniteux et insupportable et un Lillois). Le Lillois s’appelait Ernest. Il était mon aîné de trois ans. C’était devenu comme un frère pour moi (il pleure en racontant cet événement, il pleurera plusieurs fois durant le récit). Il a été dénoncé et arrêté dans les campagnes et ensuite abattu. La résistance s’est chargée de celui qui l’avait dénoncé, trois semaines plus tard, ce traître était exécuté.

Entre Ligny et Sombreffe, nous faisions circuler les informations et passer les gens cachés. Chez nous, c’était une planque.

A la Libération, 5 villageois (4 hommes et une femme), des collaborateurs notoires et très nuisibles ont été exécutés. Ils avaient fait beaucoup de mal.

Nous avions des réunions secrètes régulières. Des décisions étaient prises. Je me souviens qu’au terme d’une de ces réunions, nous devions nous rendre à pied sur la grand-route qui va de Nivelles à Namur. Nous sommes partis vers 14.30 et arrivés vers 18.00. Les Allemands partaient, ils étaient en débâcle. Mais il y en avait qui s’accrochaient, qui ne voulaient pas céder. Nous, on faisait sauter les ponts. Nous avons attaqué les Allemands à la mitraillette vers Onoz-Spy. Les missions se succédaient. Je me souviens que nous étions arrivés dans une grande ferme carrée où des Allemands se tenaient encore. C’était fou. Ça tirait. J’avais l’impression étrange de ne pouvoir estimer le temps. C’était étrange, irréel. C’était un vrai combat, horrible. Les Allemands étaient de grands hommes puissants. Ça tirait de tout près. J’ai vu un homme de mon groupe abattre un grand Allemand à bout portant. Nous tirions, nous passions à l’assaut. Nous tirions tous. A-t-on touché ou pas ? Je ne sais pas. On tirait. Nous étions couverts à l’arrière par deux fusils mitrailleurs. On entendait les balles siffler et heurter les dalles. J’étais encore un enfant, en somme. On a pris des SS wallons. Nous tous, on voulait les exécuter. Les chefs n’ont pas voulu, prétendant que ces gars pourraient servir plus tard. C’étaient des traîtres, des collabos officiels. A la fin de la guerre, j’avais 19 ans. J’ai tout de même vu certaines choses de tout près.

Plus tard, nous avons été dirigés vers un petit village où cinquante Allemands résistaient. Un char américain est arrivé. Nous avons pris position autour du char qui a tiré une fois, faisant 5 ou 6 victimes. Après cela, les Allemands se sont rendus. Attention, dans l’ensemble de notre groupe, il y a eu aussi des victimes. Je les ai vues, couchées, ensanglantées. C’était terrible.

Après, on a eu mission de ramasser les inciviques avec les gendarmes et de les amener à la caserne Trésignies. On a vu le travail odieux qu’avaient accompli les collabos. On a vu les salles où ils torturaient, on a vu des victimes. Dégoûtant.

Durant la guerre, 6 membres de ma famille ont perdu la vie.   

Mariage :

J’ai été marié deux fois.

Ma première épouse s’appelait Elsa, je l’ai connue en 48 à Saint-Trond. Elle avait quelques mois de plus que moi. Nous nous sommes mariés en avril 1948. Nous n’avons pas eu d’enfants. Nous nous sommes séparés en 51. 

Ma seconde épouse s’appelle Anne. Je l’ai rencontrée en 54, à Wavre. Il y a une quarantaine d’années que nous sommes mariés. Nous vivons ensemble depuis 1954. Anne vendait des vêtements féminins à la mode à Bruxelles, à la Rue Neuve. C’était une excellente vendeuse, très douée. Nous sommes partis en Allemagne et là, elle a cessé de travailler, à quelques années de la retraite. C’était un mauvais calcul. Nous n’y avions pas suffisamment réfléchi.

Nous n’avons pas eu d’enfant. Je n’en voulais pas. Quand on voit ce qui s’est passé, ça ne me tentait pas d’avoir des enfants. 

Arrivée à Sainte-Anne :

Ma femme a la maladie d’Alzheimer. Elle ne pouvait plus rester seule. Je ne voulais pas laisser ma femme seule à Sainte-Anne, j’y suis venu avec elle. Je me suis marié avec elle pour le meilleur et pour le pire. Vous savez, elle en a vu, la pauvre. Elle a été opérée 7 ou 8 fois (hanche, cœur (5 pontages), les yeux, le ménisque, les ovaires, infarctus). Je suis solidaire d’elle. La maladie la rend très difficile. Mais je veux rester à proximité d’elle. Oui, elle perd la tête, elle répète sans cesse, elle ne se rend plus compte. C’est ça le plus dur, c’est terrible. Anne, c’était une très belle femme. On s’aimait, on s’entendait. La maladie a tout foutu en l’air. Je donnerais tout ce que j’ai pour le retrouver telle qu’elle était. C’était une femme d’une grande générosité. Elle donnait tout, c’était un être très généreux. Je devais parfois mettre le holà. Maintenant, elle ne sait plus. Ce n’est pas de sa faute mais c’est très pénible.

Ici, j’ai un peu de mal à m’adapter. Je voudrais vendre ma maison et acheter un petit appartement de plain-pied. J’aimerais y reprendre ma femme avec l’aide d’une infirmière.

Anne avait fait une grosse chute et sa santé a sérieusement décliné. Je me suis occupée d’elle une dizaine de mois durant. Je ne savais plus le faire. Mon dos n’en pouvait plus. Je ne savais plus. En la ramassant, je me suis brisé une vertèbre. Je ne pouvais plus assumer cela. Je le regrette. J’étais trop loin.

Nous souhaitons à Ernest un envol en ligne droite vers son inséparable moitié. 

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Marie-Louise Lenglet

Notre amie Marie-Louise, née à Onhaye le 30/11/1933 et entrée chez nous le 02/03/2015 est décédée le 31/10/2016. Elle s'était, depuis son arrivée, absentée dans sa maladie. Demeurait possible avec elle une relation tactile, une relation individuelle de proximité. Nous lui souhaitons un envol gracieux vers de beaux endroits accueillants, des gambades pleines de ces voltes, de ces chants et de ces acrobaties dont elle a si longtemps été privée.

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Marthe Mouton

Marthe la rebelle, Marthe la nomade, la très attachante Marthe nous a quittés ce 28/10/2016 vers l'aube. Elle était née le 23/08/1930 et était entrée à la Résidence le 24/06/2015. Elle a beaucoup marché dans nos espaces, parcouru tous les recoins de la Résidence et de ses nouveaux locaux, lié connaissance avec ceux qu'elle rencontrait tout au long de ses pérégrinations. D'un caractère fort et indépendant, elle pouvait être très attendrissante et susciter la sympathie. Elle a créé de nombreuses relations et beaucoup de Saintannais et de membres du personnel s'étaient attachés à elle. Elle est finalement entrée au Cantou où elle a peu à peu trouvé un équilibre et un rythme de vie plus apaisant. Durant sa vie professionnelle, elle tenait un bistrot du côté d'Anseremme. c'était une femme très active, toujours en mouvement. Dans les derniers mois de sa vie, la contention nécessaire (chutes) était pénible pour elle et pour les membres de sa famille. Son époux, qui l'avait longtemps accompagnée, est décédé quelques mois avant elle. Indépendante et attachante comme la chouette, nous souhaitons pour son hébergement des forêts chaleureuses et fécondes. 

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Maria Timperio

Maria l'Italienne, mère de famille nombreuse, Maria la marcheuse infatigable, Maria le bagou et la tchatche, Maria qu'on entendait réclamer sans cesse son Gabriel. maria est née en Italie où elle a rencontré son époux. Elle a habité du côté de Namur, Saint-Servais. Ensuite, elle a vécu chez son fils Gabriel durant deux années. Elle est mère de sept enfants : Francesco, Rino, Rita (qui vit en Espagne), Lucia, Loretta, Antoinette et Gabriel. Maria avait perdu très tôt sa maman. Comme les photographies l'indiquent, elle participait volontiers à certaines de nos activités. Maria était d'un caractère fort, elle savait ce qu'elle voulait, elle savait aussi se révéler tendre à certains moments. Elle réclamait de l'attention en permanence. C'était une personnalité de la résidence. Nous souhaitons à Maria une migration heureuse vers ses terres de prédilection.

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