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09/09/2013

Nelly Delruelle nous a quittés ce matin

NELLY DELRUELLE

Nelly était née en 1922. Entrée chez nous en janvier 2006, elle est décédée ce 9 septembre, très tôt le matin. Pour rendre hommage à cette ancienne de notre Résidence, nous republions le récit qu'elle nous avait accordé pour le cinquième numéro (novembre 2009) du Petit Messager.

NELLY DELRUELLE EN AFRIQUE

SL702144.JPGDurant mon enfance, on ne sortait pas, on allait à l’école, il fallait étudier et puis, c’était tout. J’ai suivi des cours privés de piano à partir de l’âge de 10 ans. Le professeur venait à la maison. J’ai fait cela plusieurs années. Mes parents y tenaient. Papa était droguiste. C’était la profession de mes parents. Papa s’appelait Vital, maman, Marie-Thérèse. C’était avant la guerre 18. Je suis née en 1922. Je ne me rappelle pas très bien cette époque. Pour moi, j’étais une enfant comme les autres. La guerre était finie, la première, c’était normalisé. On habitait Jodoigne. J’étais une fille unique, ce qui n’est pas la meilleure chose. J’ai fait des études gréco-latines. Mes études supérieures ont rapidement été interrompues par la guerre.

Je me suis mariée en 41. Mon mari était chimiste formé à Gembloux. Il s’appelait Alfred. Ses parents tenaient une ferme à Jodoigne, ils étaient fermiers et laitiers. Je l’ai connu lorsqu’il venait faire des achats à la droguerie.

C’était la guerre. On habitait en face d’un château où les Allemands avaient une position. Mais on n’a pas eu d’ennuis. On a vécu normalement, je me suis mariée normalement. Aroun Tazieff, le vulcanologue, était notre témoin de mariage. Il avait fait ses études avec mon mari, une étudiante chinoise et un étudiant balte que nous retrouverons plus tard en Afrique.  Mon époux était six ans plus âgé que moi. Et j’ai eu ma première fille normalement. J’avais 20 ans quand j’ai eu ma fille.

En 46, nous sommes partis en Afrique, au Kivu, mon époux et moi. Ma fille est restée en Belgique avec mes parents. Mes parents seraient morts si on avait emporté notre fille, pour eux, c’était leur dieu. Il fallait absolument leur laisser la petite. C’était une erreur, une grosse erreur de laisser la petite à mes parents. Elle a été trop gâtée. Mes parents étaient de véritables couveuses. En outre, la petite n’a pas connu sa sœur tout de suite. Mon garçon, Jean, je l’ai eu 7 ans plus tard, alors que nous étions à Stanleyville. Ma première fille s’appelle Marie-Claire et la seconde, Anne-Marie, on l’appelait Annette.

SL702126.JPGCe n’était pas facile pour les enfants, ils n’ont pas toujours vécu ensemble, nous étions toujours en mouvement, en bateau, en train, en avion, en voiture. Nous n’étions pas toujours au même endroit. Nous avons habité trois ans au Kivu, puis plus bas, sur le fleuve, ce qu’ils ont appelé plus tard le Zaïre et la République du  Congo à nouveau. 

Je suis venue rechercher ma petite fille plus tard, quand j’étais déjà mère pour la seconde fois. J’ai accouché de ma deuxième fille en Afrique. Je suis venue la chercher avec la petite qui avait trois ou quatre mois.

Au Kivu, c’était une autre vie. On a mis deux mois pour arriver. Mon mari appartenait à l’Union Chimique et était envoyé au Kivu. Le gouvernement a donné son accord pour que je l’accompagne. Nous sommes partis par Lisbonne où on a séjourné dix à quinze jours. On a mis deux mois pour arriver à la plantation. Il a fallu prendre des trains, des bateaux, des avions. Ça  a été très long. Mon mari était envoyé pour planter et cultiver le quinquina. C’est un arbre dont on exploite l’écorce pour en tirer la quinine dont on fait un fébrifuge et aussi un apéritif. On avalait de la quinine et on ne sortait pas au soleil sans casque, il fallait qu’on s’habitue au climat. Les médicaments sont arrivés tout doucement d’Amérique et on a obtenu d’autres médecines que la quinine. Avant cela, on prenait quotidiennement de la quinine et cela rendait très nerveux. La quinine était, avec l’aspirine, notre seul médicament.

De mon côté, j’essayais de comprendre la langue des habitants. J’inscrivais sur un petit carnet tous les jours un mot nouveau. Le reste du temps, je m’occupais de mon enfant.

Pour mon deuxième enfant, j’ai accouché en Afrique, ça s’est mieux passé qu’en Belgique. En Belgique, j’ai connu un accouchement difficile. Sept ans plus tard, j’ai eu un troisième enfant.

En Afrique, nous sommes demeurés 15 ans. Mais on revenait de temps en temps un mois en Belgique. Le premier terme, c’était trois ans en Afrique. Et puis un petit séjour en Belgique. Mais nous étions contents de retourner en Afrique. On avait plus chaud, on était dans la montagne.

a a a oiseau migrateur.jpegLa vie quotidienne n’était pas très différente d’ici. Le matin, les boys venaient. A cette époque, il y avait encore des boys. Il fallait nécessairement trois boys. C’était comme ça. Un peu pour la lessive, un pour la nourriture, un pour le nettoyage. Moi, j’apprenais la langue un petit peu. Le boy qui cuisinait faisait ça très bien, en suivant des recettes. C’était un gros travail. Tous les jours, il allait chercher de l’eau, il la tamisait au poste anglais, il la purifiait, il fallait de l’eau propre. Il la prenait dans une calebasse à je ne sais combien de kilomètres. Nous n’étions pas sûrs de la qualité de l’eau et de sa propreté. L’eau était filtrée tous les jours. Et puis on mangeait, on faisait la sieste, moi en tous les cas.

Le soir, parfois, on jouait avec le patron de mon mari. Il venait une fois par semaine et il logeait chez nous. Avec sa femme, qui était malade, elle avait un tic très désagréable, elle reniflait sans cesse, on jouait aux cartes. En cas d’orage, effrayée, elle se réfugiait dans une armoire, elle pouvait y passer la nuit. Mon mari travaillait pour l’U.C.B. (Union Chimique Belge). Nous habitions à 17 kilomètres de Bukavu.

Nous étions dans les montagnes, à 1.200 m. Il y a beaucoup de choses que j’ai oubliées. Au début, nous étions seuls, puis il y a eu à quelques kilomètres un sous-agent et sa famille. C’étaient des Italiens. J’en profitais aussi pour apprendre l’italien avec eux et avec leurs amis de Bukavu.

Pour arriver chez eux, c’était assez éloigné et très sinueux. Ils étaient en face du Lac Kivu. De chez nous, on apercevait le lac, c’était très beau, c’était un très bel endroit. Et, quand l’horizon était dégagé, on voyait Goma et le volcan. C’était le Nyamuragira.

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les volcans Nyiragongo et Nyamuragira

Nous avons vu, la nuit, au loin, une de ses éruptions. Tazieff était sur les lieux, il a perdu sa voiture dans une coulée. C’était loin de chez nous, mais la nuit, on voyait. C’était à des kilomètres. C’était plutôt près de Goma. Nous avons regardé avec le bébé et le chauffeur, un brave type, on s’entendait bien avec lui. Je m’entendais bien avec les boys.

En Afrique, nous avons vécu comme on vit en Belgique ou à peu près. Quand on est arrivé en Afrique, on avait déjà croisé pas mal de gens qui y avaient vécu, on savait un peu à quoi s’attendre, on en avait une idée.

Les boys avaient leur quartier, à part. Ils avaient leur maison. Il n’y avait que deux ou trois maisons à la fin du premier terme. Un terme est une période de séjour de trois ans. Parfois leur maison était à proximité, soit au loin dans le village car je vous rappelle que nous vivions dans les montagnes. Nous étions au pied d’un volcan éteint, paraît-il. A la limite de la maison, c’était le volcan et la route n’allait pas plus loin. En fait, elle allait plus loin mais elle n’était praticable qu’un jour sur deux. C’était une voie très étroite. On la pratiquait les jours pairs dans un sens, les jours impairs dans l’autre sens.

Pour les voyageurs qui suivaient cette route, nous disposions d’un pavillon dans lequel nous pouvions les héberger. En fait, on se connaissait tous entre étrangers, les Italiens, les Grecs, quelques Belges, on s’entendait très bien ensemble. On faisait les courses ensemble à Bukavu. Soit on achetait le pain, soit on le faisait nous-mêmes. On allait chercher la farine, la levure, on touillait. Au début, on le faisait, puis un boulanger s’est installé à Bukavu.

 

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Bukavu : http://www.stiopka.com/Bukavu/photos_bukavu.html

Je ne regrette pas l’Afrique, j’étais bien là mais je suis bien ici. J’y ai vécu 15 ans. J’avais beaucoup de photos. Mon mari devait partir en brousse pour le quinquina et pour les plantes pour nourrir les Noirs.

On formait une communauté entre étrangers vivant au Kivu. On était très amis, on s’entendait très bien. C’est ici que nous avions retrouvé notre Chinoise et notre Balte qui, entre temps, s’étaient mariés. J’aimais autant l’Afrique que la Belgique.

Mon mari s’est également rendu au Katanga. Moi, je suis revenue en Belgique. Nous craignions la guerre. Mon mari revenait tous les ans. De l’Union chimique, il était passé au service de l’Etat. Il a terminé comme professeur dans un athénée. Au départ, il était ingénieur agronome, il a fait de tout, il a construit des ponts. Il faut s’adapter en Afrique.

En Afrique, il y avait des bêtes sauvages mais elles ne s’approchaient pas de l’homme. On n’a jamais eu d’ennuis avec les bêtes. On en voyait parfois, des éléphants, on s’arrêtait, on les laissait passer. Oui, je me souviens des moustiques, il y en avait, on les appelait les pipis. On avait tous la malaria. Tout le monde y passait.

Mais l’Afrique, c’est un pays que j’ai bien aimé, je m’entendais très bien avec les Noirs. Mon mari, un peu moins bien. Il n’y connaissait rien en langues étrangères, rien du tout. Moi, je les apprenais assez facilement.

a a a lac Tanganyika.jpgNotre maison était en dur, en briques. La plupart des maisons étaient en terre. La cheminée était immense. On faisait du feu avec le bois de quinquina. On n’utilisait que l’écorce, on brûlait le bois. Le premier travail du boy, le matin, c’était de faire du feu. Il faisait froid le matin. C’était la montagne. On n’a jamais eu trop chaud en hauteur. Tous les samedis, les travailleurs venaient chercher leur paie (durant une cérémonie qui s’appelle le « pocho »). En Afrique, les paysages étaient superbes. On avait une vue superbe sur le lac. J’ai beaucoup aimé tout cela. (Le Lac Tanganyika :http://www.destin-tanganyika.com/Articles-divers/minerali...)

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