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22/08/2013

Les poèmes de Renée (2)

 

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Dans les automnes de naguère
 
Dans les automnes de naguère,
J'avais des peupliers d'or fin,
De longs peupliers de lumière.
J'y pense devant les sapins
Abattus de cette clairière.
 
Ma petite chambre d'enfant
Ressemblait à un berceau blanc,
Un berceau étoilé de fleurs
Que mes peupliers, dans le vent,
Berçaient, berçaient durant des heures.
 
Mon jardin avait un rosier,
Un grand rosier rouge et tremblant
Que l'ombre de mes peupliers
Rendait plus rouge et plus tremblant.
Je m'asseyais toujours devant.
 
Je lisais tout : des devinettes,
Des almanachs, de vieux romans.
Les fées riaient à ma fenêtre,
Et mes peupliers, doucement,
Rythmaient les vers de mes poètes.
 
"Ecoute, me disait ma mère,
Les peupliers seront vendus
Si tu ne dis pas ta prière."
J'y pense, dans cette clairière,
Devant les sapins abattus.
 
Maurice Carême

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Le Sommeil du condor

Par-delà l'escalier des roides Cordillères,
Par-delà les brouillards hantés des aigles noirs,
Plus haut que les sommets creusés en entonnoirs
Où bout le flux sanglant des laves familières,
L'envergure pendante et rouge par endroits,
Le vaste Oiseau, tout plein d'une morne indolence,
Regarde l'Amérique et l'espace en silence,
Et le sombre soleil qui meurt dans ses yeux froids.

La nuit roule de l'est, où les pampas sauvages
Sous les monts étagés s'élargissent sans fin ;
Elle endort le Chili, les villes, les rivages,
Et la mer Pacifique, et l'horizon divin ;
Du continent muet elle s'est emparée :
Des sables aux coteaux, des gorges aux versants,
De cime en cime, elle enfle, en tourbillons croissants,
Le lourd débordement de sa haute marée.
Lui, comme un spectre, seul, au front du pic altier,
Baigné d'une lueur qui saigne sur la neige,
Il attend cette mer sinistre qui l'assiège :
Elle arrive, déferle, et le couvre en entier
Dans l'abîme sans fond la Croix australe allume
Sur les côtes du ciel son phare constellé.

Il râle de plaisir, il agite sa plume,
Il érige son cou musculeux et pelé,
Il s'enlève en fouettant l'âpre neige des Andes,
Dans un cri rauque il monte où n'atteint pas le vent,
Et, loin du globe noir, loin de l'astre vivant,
Il dort dans l'air glacé, les ailes toutes grandes.

Charles Leconte de Lisle

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L’ALBATROS

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher
.

Charles Baudelaire

 

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