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03/08/2013

Le courage de Dorette Sovet - par Jean Closset

La Tragédie du 4 septembre 1944 à Anhée

Un récit de Jean Closset (extrait)

La courageuse intervention de Madame Dorette Sovet

 

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La Meuse et le pont de Houx évoqué dans le récit de Jean Closset

La guerre de 1940 à 1945 a été sur le plan humain une période cruelle pour le village d’Anthée. Déjà en mai 1940, cinq militaires étaient tombés durant la campagne, une cinquantaine d’autres avaient été emmenés en captivités en Allemagne dont trois ne revinrent jamais. Sur les routes de l’exode, deux femmes avaient été tuées dans des bombardements aériens. Pendant les quatre années de l’occupation, la population n’avait connu qu’angoisse et privations. Mais le plus dur était encore à venir, ce serait pour la fin de l’occupation, en septembre 1944.

Après le débarquement des Alliés en Normandie, le 6 juin 1944, leur aviation s’attaqua aux lignes de communications allemandes. Or Anhée se trouve entre deux points vitaux pour les transports : le pont de Houx et la gare de formation de Warnant. L’aviation alliée les prend donc pour cibles non sans dommages collatéraux. Le bombardement du pont de Houx le 18 août manque sa cible mais des bombes tombent sur Anhée faisant 4 morts et 5 blessés.

Pour le village d’Anhée, la tragédie se déroula le 4 septembre 1955 et fut l’œuvre de la 12panzerdivision Hitlerjugend dont les effectifs étaient issus de la jeunesse hitlérienne très fanatisée. Lors du débarquement allié le 4 juin 1944, cette division fut engagée l’une des premières vers les plages de débarquement. Les annales rapportent que cette12panzerdivision SS se distingua par sa barbarie. Au cours du mois de juin, on y fusilla, au mépris de la Convention de Genève, des prisonniers de guerre et des dizaines de civils français. Pendant les combats, la 12panzerdivision SS se trouva acculée dans la poche de Falaise où elle fut décimée par les bombardements aériens. En fin de la campagne de Normandie, elle avait perdu 31 % de ses effectifs soit 8000 hommes.

En août commença la retraite allemande à travers la France et la Belgique au cours de laquelle la division SS subit les embuscades de la résistance. C’est ainsi que vers le 3 septembre cette division franchit la Meuse au pont d’Yvoir et vint prendre position sur la rive droite entre Godinne et Houx. Ce sont donc des militaires très aguerris et pleins de rancœur qui se trouvent en face d’Anhée sur lequel ils vont exercer des représailles. Cela se passera le 4 septembre, jour que l’on pourra appeler « le jour de deuil du village d’Anhée ».

Durant la matinée déjà, des détachements SS, passant la Meuse, s’introduisent dans le centre du village à la recherche de ravitaillement. Ils réquisitionnent des pains à la boulangerie Olivier, place communale. Un autre groupe est allé, rue Grande, jusqu’à la bijouterie Jadot et l’a dévalisée. Le bourgmestre Emile Pluymers, qui habite en face, intervient mais en vain puisque le feu est mis à la bijouterie et se communique à la maison suivante.

Vers 12h30, les Allemands passent à nouveau la Meuse et abordent à hauteur de la rue Sainte Barbe. Ils descendent alors la rue du village, s’arrêtant devant chaque maison, font sortir les habitants réfugiés dans les caves avant de mettre le feu à l’immeuble. Arrivés devant la maison occupée par la famille Roland, ils abattent, devant ses parents, le fils Honoré, 20 ans, puis mettent le feu. De la maison d’en face, ils font sortir les deux frères Bertrand, Joseph et Victor, les abattent et incendient la maison. Devant tant d’horreur, Auguste Pintelon, évacué d’Ostende, qui parle l’allemand, sort pour parlementer et calmer la soldatesque, il est abattu à son tour. Les Allemands descendent alors la rue du village en incendiant des maisons et abattent encore Adelin Léonard. Parvenus devant la maison Ligot où une quarantaine de personnes se sont réfugiées dans les caves-abris, ils ordonnent aux hommes de sortir et abattent successivement : Jean Ligot, Jules Fripiat, Antoine Stevenne et en blessent deux autres. Les maisons le long du parcours continuent à être incendiées. Dans la rue du Bon Dieu, Edouard Puissant sort de chez lui avec ses enfants pour les mettre à l’abri. Un jeune SS lui ordonne de les lâcher, le fait marcher devant puis l’abat. Pendant ce temps, des gens affolés descendent la rue du village en hurlant « Sauvez-vous, les Allemands tuent tout le monde et mettent le feu partout ! » Plusieurs personnes sortent de leur abri ou cave, s’enfuient dans un affolement général, sous les coups de feu tirés dans leur direction.

En entendant ces hurlements, Madame Dorette Closset Sovet sort du poste de secours de la Croix-Rouge où elle habite. Elle est en uniforme d’ambulancière : blouse blanche marquée d’une crois rouge. Sur sa gauche, elle aperçoit des gens qui fuient en courant et en descendant la rue, alors que les balles fusent vers eux. Courageusement, l’ambulancière se dirigie vers les Allemands, à contre-courant des gens qui fuient. Elle rejoint le groupe des SS et s’avance vers un sous-officier qui, revolver au poing et dans un grand état de surexcitation, se tient au milieu de la rue. Elle agrippe la manche de son uniforme et lui dit en allemand : « Que faites-vous ici ? Ne tirez pas, ce sont des civils ! » Le sang-froid de la jeune femme, son uniforme de la Croix-Rouge et son attitude ferme semblent impressionner le sous-officier allemand. Elle accompagne le groupe qui continue à descendre la rue, passe devant sa maison, poste de la Croix-Rouge, dans la cave duquel se cachent une vingtaine de personnes et va jusqu’au-delà des anciennes maisons dites du Forbot. Sur tout ce parcours, aucun civil n’a été tué mais la jeune femme ne peut empêcher la mise à feu de quelques immeubles.

Grâce à cette intervention, des personnes qui fuyaient devant les SS purent s’échapper par une rue latérale, la rue Matante, et avoir ainsi la vie sauve. Elles en ont porté témoignage après les événements. Le fermier de la ferme Bouchat vint dire à Madame Dorette Sovet, d’une façon imagée : « Sans vous, Madame, nous mangerions maintenant les pissenlits par la racine ». Ce qui signifie qu’ils auraient été tués.

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