google analytics

11/03/2016

Pole Formation - Accompagnement du résident souffrant de démence

Accompagnement du résident souffrant de démence

Accompagnement face aux troubles du comportement

Définition : il s’agit de comportements, d’attitudes ou d’expressions dérangeants, perturbateurs ou dangereux pour la personne ou pour autrui, qui peuvent être observés au cours de la maladie d’Alzheimer et de la plupart des maladies apparentées.

Les troubles du comportement sont souvent perçus comme étant les symptômes de la maladie mais cela peut être aussi une exacerbation des traits de personnalité. Il faut également prendre en considération les éléments du contexte :

  • Environnemental
  • Comportemental : vision caricaturale : défaitisme thérapeutique « à quoi bon puisque c’est une maladie irréversible et évolutive ?? », fatalisme relatif face aux comportements

Ces comportements ne sont pas toujours irréversibles. Dans 80% des cas, il est possible de trouver des solutions pour adoucir la gravité, la fréquence ou les conséquences de ces troubles.

Pourquoi se poser des questions sur les causes d’un comportement ?

Il n’est pas normal de souffrir, de crier, de frapper, de perdre goût à la vie…seulement parce qu’on est atteint d’une démence. L’agressivité est considérée comme un moyen de défense contre quelque chose que la personne interprète comme un danger, une menace. La peur est présente dans un monde qu’on ne comprend pas…

Il faut comprendre ce que le résident essaie de nous dire ou de nous faire sentir parfois par l’intermédiaire de comportements perturbateurs.

Notre part de responsabilité est souvent plus importante qu’on le croit.

« Un comportement anormal dans une situation anormale est un comportement normal »

C’est pourquoi il est important de rechercher les causes en équipe et de voir quel message on peut décoder et quel sens cela peut avoir pour la personne.

Et quand cela ne se passe pas ou quand c’est moins pire…POURQUOI ??

Quelle est la différence qui fait la différence ??

Un comportement à comprendre dans son contexte

 

SAM_2321.JPG

                                                                                                                                                      

Dans ce schéma nous distinguons 2 types de causes :

Causes liées à la personne : 

Causes physiques :

  • Douleur
  • Constipation
  • Faim
  • Soif
  • Glycémie
  • Sommeil : les cycles veille-sommeil peuvent être inversés et syndrome crépusculaire
  • Infection…

Causes cognitives :

La Mémoire

SAM_2322.JPG

 

Ce qui est longtemps préservé :

  • Les souvenirs lointains, précieux, qui ont du sens, qui ont marqué émotionnellement (EPISODIQUE)
  • Les automatismes, les procédures longtemps exercées qui se font sans réfléchir (PROCEDURALE)
  • Les connaissances culturelles (SEMANTIQUE)
  • La mémoire AFFECTIVE, la capacité à ressentir des émotions reste jusqu’au bout même si son expression est difficile

Ce qui est le plus rapidement en difficulté :

  • Les nouveaux apprentissages
  • Les souvenirs plus récents, moins forts
  • La mémoire immédiate
  • Les raisonnements complexes
  • Les procédures nouvelles ou récentes

Le langage

  • Difficulté de production : manque un mot, ne termine pas sa phrase
  • Difficulté de compréhension du discours d’autrui 

Tout ceci est accentué en situation de stress, de nouveauté, de distraction

La compréhension du langage est plus longtemps préservée que la production

L’Apraxie

Incapacité à effectuer un mouvement ou une série de mouvement sur consigne (difficulté pour manipuler des objets comme des couverts), difficulté à réaliser certaines tâches (manger).

L’agnosie

Trouble de la faculté de reconnaissance des choses d’après leurs qualités sensorielles : visuelles, auditives, tactiles… (En l’absence de troubles sensoriels)  

Les informations reçues n’ont plus de sens

Lenteur de réaction

Vitesse de réaction réduite

Raisonnement

  • Jugements, déductions, accès à la logique

Désorientation spatio-temporelle

  • Difficulté ou incapacité à se situer dans l’espace et dans le temps
  • Confuse quant à l’endroit où elle se trouve

Fonctions exécutives

Ensemble de processus dont la fonction principale est de faciliter l’adaptation du sujet à des situations nouvelles : a du mal à s’adapter aux nouvelles situations

Causes psychologiques

  • Quelles histoires ? parcours de vie ? traumatisme ? phobie ? personnalité ? quelle connaissance et ressenti de la situation ? quelle maîtrise sur sa vie ?
  • Gestion du stress
  • Informations et non-dit : lui cache-t-on quelque chose ?
  • Hallucinations

On observe également une accentuation ou une modification de la personnalité du résident, un comportement passif avec perte d’initiative, désintérêt, saute d’humeur, diminution de l’intérêt pour l’apparence physique, négligence des soins corporels.

 

Causes liées à l’environnement

Causes organisationnelles

  • L’organisation du travail 
  • Les horaires : respect du lever, de la toilette, du repas, de l’animation, du coucher
  • Les problématiques de personnel : bien souvent insuffisamment formé aux problématiques de type Alzheimer, n’a pas toujours choisi de travailler avec les résidents, rotation du personnel

Causes environnementales

  • Prendre en compte l’environnement matériel et les aménagements extérieurs
  • Les intrusions : l’entrée par erreur, par désorientation, par curiosité, par recherche de compagnie, par intérêt dans la chambre d’un autre résident surtout s’il est valide constitue pour cet autre une intrusion bien souvent incomprise qui entraîne de la peur et bien souvent de la violence. Par un refus de lien social pour les plus fragiles une errance solitaire sans but sans fin provoque un désarroi et un stress important
  • Le danger : problème de sécurité pendant la déambulation…faut-il cependant recourir à la contention ?? la contention est elle-même à l’origine de troubles comportementaux « sitôt attaché, sitôt agité »

Causes relationnelles

Notre manière d’entrer en relation, de communiquer avec le résident influe sur le comportement

Il est nécessaire de créer un climat chaleureux afin d’instaurer une relation de confiance

 

SAM_2323.JPG 

Accompagnement face aux troubles de la communication

Une étude a été menée auprès de résidents grabataires et aphasiques sur le temps de parole que nous leur accordons…nous consacrons 120 secondes de parole sur 24h…

« Le regard que l’on porte sur une personne influence son comportement. L’être humain tend à ressembler à ce que les autres attendent de lui »

Exemple de comportement inadéquat :

  • Empêcher d’utiliser les capacités préservées: « je vais le faire ça ira plus vite »
  • Infantilisation: « mangez comme une grande »
  • Etiquetage: « la 226, la démente, la fugueuse »
  • Stigmatisation, rejet: « allez dans votre chambre, vous gênerez moins les autres »
  • Inattention: faire semblant de ne pas avoir entendu quelqu’un qui nous appelait
  • Interruption brutale d’une activité, d’une rêverie 
  • Tricherie, mensonge: « vous n’êtes pas à Dinant »

« Ne pas tenter à tout prix de ramener le résident là où l’on est mais le rejoindre là où il se trouve »

  • Réification : faire comme si le résident n’était pas là, ne pas le regarder ni le saluer, le considérer comme un objet « Ho, de toute façon il ne comprend rien »
  • Imposition: forcer le résident à faire quelque chose sans aucun autre choix
  • Désynchronisation et mise en échec: vouloir que le résident aille plus vite que ce qu’il peut, vouloir qu’il fasse seul ce qu’il ne peut pas faire, qu’il se rappelle quelque chose qu’il ne peut pas
  • Accusation et reproche: sans tenir compte des capacités et incapacités « laissez donc ça, vous savez bien que ce n’est pas à vous » « vous le faites exprès ou quoi ? »
  • Brimade et critique: insister sur les échecs, lui indiquer qu’il est incapable, maladroit « c’est toujours comme ça avec lui » « LUNDI, on est lundi vous voulez que je le colle sur mon front ? »

Imaginez-vous…juste un instant

« Vous êtes fragile, cognitivement troublé, désorienté, physiquement faible, dépendant pour presque tout, vivant à un endroit que vous n’avez pas forcément choisi, d’où vous ne pouvez pas partir…imaginez que chaque jour vous subissez des dizaines d’interactions de ce type…au bout de combien de temps pourriez-vous vous sentir agité, agressif, angoissé, déprimé, désespéré… ? Comment seriez-vous tenté de réagir ? »

Ces manières sont très contagieuses et favorisent une atmosphère nocive pour les personnes dont nous sommes censés prendre soin

Conséquences de ce type de discours :

  • Renforcement de la dépendance, de l’isolement, de la frustration
  • Diminution de l’estime de soi
  • Sentiment d’insécurité affective
  • Dépression

Entraîne un déclin physique et cognitif plus rapide

Afin de favoriser la communication avec le résident tout est question de considération, de façon d’être et de manière de s’y prendre :

  • Toujours se placer en face du résident afin d’établir un contact visuel
  • Garder un contact physique neutre : les mains sont sensibles au toucher
  • Diminuer les bruits environnants afin de maintenir son attention
  • Bien articuler, ne pas crier : parler d’une manière rassurante
  • Ne donner qu’un seul message à la fois
  • Termes simples et phrase brève
  • Offrir un choix limité de réponse
  • Toujours attendre la réponse du résident avant de poser une autre question
  • Être valorisant, encourageant
  • Valider les propos de la personne, reconnaître leurs valeurs : positiver ce qui est dit, légitimer son point de vue (« c’est normal, je comprends »), être vrai, oser aborder les sujets qui préoccupent (décès…)
  • Ne pas contredire : « vous vous trompez »
  • Ne pas prendre position mais reformuler ou questionner

Il est important de prendre en compte le registre verbal et non verbal. La parole est l’instrument que nous utilisons le plus pour montrer aux autres ce que nous sommes, pour exprimer ce que nous souhaitons, ce que nous ressentons, pour transmettre nos émotions.

Le registre non verbal correspond à l’ensemble des signaux hors verbal : notre corps, nos gestes, notre attitude, notre regard, notre posture, nos mouvements, mimiques, bruits, tenue vestimentaire…expriment notre état émotionnel, soutiennent nos paroles, les accentuent…ou parfois les contredisent.

 

En pratique… 

Que faire en cas de confusion, délire ??

  • Raisonner : à éviter car requière des capacités cognitives intactes « vos enfants sont grands, ils ont 65 et 67 ans »
  • Entrer dans le jeu : consiste à mentir, soulagement uniquement à court terme, entraîne attente et frustration
  • Faire semblant de rien : non prise en considération de la personne
  • Dialoguer sur le sujet délicat : reconnaître l’importance du sujet et lui accorder du temps, de la présence : « vous parlez de Jeanne et Michel je crois ? Vous alliez les chercher tôt à l’école quand ils étaient petits ?votre travail vous le permettait ?...vous vous inquiétez pour eux, vous êtes une maman attentive… »
  • Stratégie de diversion : apaisement et détente

 

NE PAS orienter les personnes vers notre réalité

NE PAS leur mentir

NE PAS chercher à les faire exprimer leurs sentiments

NE PAS les faire analyser leurs comportements

NE PAS les mettre en situation d’échec

 

 

Que faire en cas de questions répétitives ?

Traduit souvent une anxiété en raison des pertes de mémoires

  • Si la question est reposée : s’approcher de la personne, la regarder, la toucher doucement et lui redonner la réponse
  • Chercher l’inquiétude, trouver le facteur déclenchant, tenté de rassurer
  • S’interroger sur ce qui préoccupe la personne au sujet de l’heure (a-t-elle faim ? attend-elle une visite ?)
  • Il faut chercher la question derrière la question ou détourner sur un sujet distrayant
  • Ne pas parler d’un rdv trop à l’avance
  • Prendre en considération la question et y répondre adéquatement
  • Ne pas donner des réponses trop détaillées qui seront trop vite oubliées

Que faire en cas d’accusation de vol ?

Ex « quelqu’un a volé mes lunettes »

Oubli de l’endroit où la personne a rangé ses affaires

Ce n’est pas agréable de se faire accuser mais éviter à tout prix de vouloir convaincre de l’erreur…

  • Ignorer l’accusation : «Je comprends que vous êtes de mauvais humeur, c’est très désagréable de ne pas retrouver ses affaires. Nous allons chercher ensemble »

Au bout d’un certain temps on finit par connaître toutes les cachettes !!

Que faire en cas d’hallucination ?

Ex « tuez les fourmis !!! » « Le bébé sur mon lit…il a faim »

  • Si la personne n’est ni effrayée, ni inquiète de ce qu’elle voit, vous pouvez tout simplement l’écouter sans la contredire
  • Si les hallucinations l’angoissent : ne pas nier, utilisez la diversion, enlever les objets qui provoque l’hallucination, faire vérifier la médication, la rassurer (« moi je ne vois personne dans votre chambre mais si vous voyez quelqu’un je comprends que vous ayez peur »

Que faire en cas de troubles de la mémoire ?

  • Rappeler les informations importantes, sans harceler le plus naturellement possible
  • Maintenir un environnement stable, éviter les changements importants
  • Se préparer à devoir réexpliquer, répéter, rappeler
  • Garder en tête que chaque jour est nouveau
  • Créer des repères, rappels, aide-mémoire
  • Utiliser la perte de mémoire comme un « atout » : par exemple la diversion permet de passer à autre chose et d’oublier le questionnement en cours…

NE PAS attirer l’attention sur les erreurs

NE PAS essayer à tout prix qu’il se rappelle

NE PAS se sentir personnellement visé

Que faire en cas de désorientation ?

  • Aider la personne à s’orienter
  • Utiliser des repères architecturaux stables (fauteuils, plantes)
  • Présence d’horloge, de calendrier
  • Personnaliser la porte, la chambre avec des objets qu’ils connaissent

Que faire en cas de déambulation ?

« Enfermer, attacher pour ne pas que la personne tombe ou se perde, quitte à augmenter les comportements dits agressifs…ou d’abord adapter l’environnement ? »

  • Adapter le milieu de vie : milieu ouvert vers l’extérieur
  • Espace sécurisé et sans obstacles ni produits dangereux
  • Chaussures adaptées
  • Barres d’appui
  • Fauteuils à des endroits stratégiques
  • Luminosité adéquate
  • Repères visuels, couleurs, photos…

 

Que faire face aux troubles de l’attention ?

  • Identifier les tâches simples que le malade peut encore réaliser avec un maximum d’automatismes
  • Privilégier la qualité et non la quantité pour rester dans une durée d’attention acceptable pour le malade
  • S’assurer de sa présence, de son attention (regard, toucher, paroles…)

Que faire face à l’apraxie ?

  • Eviter les mises en échec
  • Encourager et rassurer
  • Ne pas souligner les erreurs
  • Complimenter, valoriser en cas de réussite
  • Assister le résident en difficulté (par imitation) MAIS aider juste pour ce qui est nécessaire, ne pas faire à la place de la personne quelque chose qu’elle pourrait faire elle-même

Quelques pistes pour la toilette…

  • Prévoir suffisamment de temps
  • Offrir de l’aide
  • Choisir des vêtements simples
  • Limiter le choix à deux tenues
  • Écarter les vêtements inadaptés
  • Remplacer discrètement les vêtements sales
  • Rester calme et faire preuve de tact
  • Faire des compliments…

Que faire face à l’agnosie ?

  • Ne pas souligner les erreurs
  • Adapter sa communication
  • Nommer l’objet ou la personne
  • Présenter l’objet en montrant son fonctionnement
  • Respecter sa façon de voir les choses
  • Être attentif à ce qu’il essaie de dire

La personne âgée atteinte de démence : un interlocuteur valable parmi d’autres…

Il faut communiquer par tous les sens pour donner du sens !

Communiquer, donner à l’autre, accepter de recevoir !

Et finalement, celle qui sait le mieux ce qui lui convient c’est la personne âgée souffrant d’une démence elle-même !!! 

Merci de votre attention

 

Angélique et Mélanie, infirmière et ergothérapeute au Cantou