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08/02/2018

Florilège de Monique Beka (1)

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Le Vase brisé

René-François Sully Prudhomme

 

Le vase où meurt cette verveine

D’un coup d’éventail fut fêlé ;

Le coup dut effleurer à peine :

Aucun bruit ne l’a révélé.

 

Mais la légère meurtrissure,

Mordant le cristal chaque jour,

D’une marche invisible et sûre

En a fait lentement le tour.

 

Son eau fraîche a fui goutte à goutte,

Le suc des fleurs s’est épuisé ;

Personne encore ne s’en doute ;

N’y touchez pas, il est brisé.

 

Souvent aussi la main qu’on aime,

Effleurant le coeur, le meurtrit ;

Puis le coeur se fend de lui-même,

La fleur de son amour périt ;

 

Toujours intact aux yeux du monde,

Il sent croître et pleurer tout bas

Sa blessure fine et profonde ;

Il est brisé, n’y touchez pas.

 

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Le Vallon

Alphonse de Lamartine

 

Mon coeur, lassé de tout, même de l'espérance,

N'ira plus de ses voeux importuner le sort ;

Prêtez-moi seulement, vallon de mon enfance,

Un asile d'un jour pour attendre la mort.

 

Voici l'étroit sentier de l'obscure vallée :

Du flanc de ces coteaux pendent des bois épais,

Qui, courbant sur mon front leur ombre entremêlée,

Me couvrent tout entier de silence et de paix.

 

Là, deux ruisseaux cachés sous des ponts de verdure

Tracent en serpentant les contours du vallon ;

Ils mêlent un moment leur onde et leur murmure,

Et non loin de leur source ils se perdent sans nom.

 

La source de mes jours comme eux s'est écoulée ;

Elle a passé sans bruit, sans nom et sans retour :

Mais leur onde est limpide, et mon âme troublée

N'aura pas réfléchi les clartés d'un beau jour.

 

La fraîcheur de leurs lits, l'ombre qui les couronne,

M'enchaînent tout le jour sur les bords des ruisseaux,

Comme un enfant bercé par un chant monotone,

Mon âme s'assoupit au murmure des eaux.

 

Ah ! c'est là qu'entouré d'un rempart de verdure,

D'un horizon borné qui suffit à mes yeux,

J'aime à fixer mes pas, et, seul dans la nature,

A n'entendre que l'onde, à ne voir que les cieux.

 

J'ai trop vu, trop senti, trop aimé dans ma vie ;

Je viens chercher vivant le calme du Léthé.

Beaux lieux, soyez pour moi ces bords où l'on oublie :

L'oubli seul désormais est ma félicité.

 

Mon coeur est en repos, mon âme est en silence ;

Le bruit lointain du monde expire en arrivant,

Comme un son éloigné qu'affaiblit la distance,

A l'oreille incertaine apporté par le vent.

 

D'ici je vois la vie, à travers un nuage,

S'évanouir pour moi dans l'ombre du passé ;

L'amour seul est resté, comme une grande image

Survit seule au réveil dans un songe effacé.

 

Repose-toi, mon âme, en ce dernier asile,

Ainsi qu'un voyageur qui, le coeur plein d'espoir,

S'assied, avant d'entrer, aux portes de la ville,

Et respire un moment l'air embaumé du soir.

 

Comme lui, de nos pieds secouons la poussière ;

L'homme par ce chemin ne repasse jamais ;

Comme lui, respirons au bout de la carrière

Ce calme avant-coureur de l'éternelle paix.

 

Tes jours, sombres et courts comme les jours d'automne,

Déclinent comme l'ombre au penchant des coteaux ;

L'amitié te trahit, la pitié t'abandonne,

Et seule, tu descends le sentier des tombeaux.

 

Mais la nature est là qui t'invite et qui t'aime ;

Plonge-toi dans son sein qu'elle t'ouvre toujours

Quand tout change pour toi, la nature est la même,

Et le même soleil se lève sur tes jours.

 

De lumière et d'ombrage elle t'entoure encore :

Détache ton amour des faux biens que tu perds ;

Adore ici l'écho qu'adorait Pythagore,

Prête avec lui l'oreille aux célestes concerts.

 

Suis le jour dans le ciel, suis l'ombre sur la terre ;

Dans les plaines de l'air vole avec l'aquilon ;

Avec le doux rayon de l'astre du mystère

Glisse à travers les bois dans l'ombre du vallon.

 

Dieu, pour le concevoir, a fait l'intelligence :

Sous la nature enfin découvre son auteur !

Une voix à l'esprit parle dans son silence :

Qui n'a pas entendu cette voix dans son coeur ?

 

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Mignonne, allons voir si la rose

Pierre de Ronsard

A Cassandre

 

Mignonne, allons voir si la rose

Qui ce matin avoit desclose

Sa robe de pourpre au Soleil,

A point perdu ceste vesprée

Les plis de sa robe pourprée,

Et son teint au vostre pareil.

 

Las ! voyez comme en peu d'espace,

Mignonne, elle a dessus la place

Las ! las ses beautez laissé cheoir !

Ô vrayment marastre Nature,

Puis qu'une telle fleur ne dure

Que du matin jusques au soir !

 

Donc, si vous me croyez, mignonne,

Tandis que vostre âge fleuronne

En sa plus verte nouveauté,

Cueillez, cueillez vostre jeunesse :

Comme à ceste fleur la vieillesse

Fera ternir vostre beauté.

 

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Marie

Guillaume Apollinaire

 

Vous y dansiez petite fille

Y danserez-vous mère-grand

C’est la maclotte qui sautille

Toute les cloches sonneront

Quand donc reviendrez-vous Marie

 

Les masques sont silencieux

Et la musique est si lointaine

Qu’elle semble venir des cieux

Oui je veux vous aimer mais vous aimer à peine

Et mon mal est délicieux

 

Les brebis s’en vont dans la neige

Flocons de laine et ceux d’argent

Des soldats passent et que n’ai-je

Un cœur à moi ce cœur changeant

Changeant et puis encor que sais-je

 

Sais-je où s’en iront tes cheveux

Crépus comme mer qui moutonne

Sais-je où s’en iront tes cheveux

Et tes mains feuilles de l’automne

Que jonchent aussi nos aveux

 

Je passais au bord de la Seine

Un livre ancien sous le bras

Le fleuve est pareil à ma peine

Il s’écoule et ne tarit pas

Quand donc finira la semaine

 

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Tristesse

Alfred  de Musset

 

J'ai perdu ma force et ma vie,

Et mes amis et ma gaieté;

J'ai perdu jusqu'à la fierté

Qui faisait croire à mon génie.

 

Quand j'ai connu la Vérité,

J'ai cru que c'était une amie ;

Quand je l'ai comprise et sentie,

J'en étais déjà dégoûté.

 

Et pourtant elle est éternelle,

Et ceux qui se sont passés d'elle

Ici-bas ont tout ignoré.

 

Dieu parle, il faut qu'on lui réponde.

Le seul bien qui me reste au monde

Est d'avoir quelquefois pleuré.

 

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Demain, dès l'aube...

Victor Hugo

 

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,

Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.

J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.

Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

 

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,

Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,

Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,

Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

 

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,

Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,

Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe

Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

 

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Il pleure dans mon coeur

Paul Verlaine

 

Il pleure dans mon coeur

Comme il pleut sur la ville ;

Quelle est cette langueur

Qui pénètre mon coeur ?

 

Ô bruit doux de la pluie

Par terre et sur les toits !

Pour un coeur qui s'ennuie,

Ô le chant de la pluie !

 

Il pleure sans raison

Dans ce coeur qui s'écoeure.

Quoi ! nulle trahison ?...

Ce deuil est sans raison.

 

C'est bien la pire peine

De ne savoir pourquoi

Sans amour et sans haine

Mon coeur a tant de peine !

Monique Beka - Poèmes

M O N I Q U E     B E K A

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La poétesse Monique Beka

 

Si je pouvais chanter

 

Si je pouvais chanter dans un ciel sans nuage

Cet hymne de jeune que l’on muse à mon âge

Qui sommeille en mon âme puis qui veut éclater

Comme un grand soir d’orage dans le calme d’un été

 

Si je pouvais aimer aux étoiles qui s’allument

D’un amour rude et fort adouci par la brume

Comme une immense vie qui emplit tout mon cœur

Mais qui se sent troublée en face du bonheur

Si je pouvais aimer …

 

Si je pouvais rêver sans souci de la vie

Rêver dans l’infini d’un immense désir

D’un désir insoumis et qui nous fait frémir

Si je pouvais rêver.

 

Monique Beka

18 ans

 

Dinant

 

Et mon âme et mon cœur s’enlisent dans les flots

Qui bercent le sommeil de ma ville natale

Et je verrai enfin l’enclos qui m’a vu naître

Je dormirai sans fin à l’abri de mon cœur

 

Monique Beka

Non daté

 

Le Bourgmestre

 

Un soir dans la vallée courait notre Richard

Poursuivi par le temps les travaux les projets

Il saluait chacun mais ne voyait personne

Mais chacun croyait bien qu’il était reconnu

Et le noued papillon noué par les soucis

Répondait aux passants le voyant voltiger :

« Croyez en mon étoile, elle s’allume à peine !  »

Monique Beka

Il y a quelques années

31/01/2018

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